Moi, Eloïse

D’un voyage aux États-Unis à la fin des années cinquante Papa rapporte le premier Eloise en anglais, écrit par Kay Thompson et illustré par Hilary Knight – un livre pour les enfants mais pour les grandes personnes également, disait-il avec un clin d’œil amusé.
L’expression « mais pas que » n’existait pas encore à cette époque reculé-éheu.

Puis il se procure les éditions françaises qui sortent dans les années qui suivent ma naissance.

Papa a un faible pour cette petite personne-là et très tôt me met ces livres entre les mains.

Tous les deux nous nous tordons de rire en lisant ces aventures et en observant d’un dessin à l’autre les expressions de cette demoiselle de six ans dont le moins que l’on puisse dire est qu’elle a du caractère.

 

Dans la version anglaise elle s’appelait Eloise, dans les versions françaises c’était Éloïse. Je trouvai bien d’autres différences encore qu’il me plut de repérer et étudier… ne serait-ce que le texte, évidemment.

Tout comme les pochettes des disques anglais des parents, je lisais dans ma tête ces mots étranges dont les consonances m’étonnaient, je n’en découvrirais la prononciation qu’ensuite, lorsqu’en quatrième je démarrerais l’anglais.
Anglais première langue démarré en quatrième ?
Mais oui.
Deux ans d’anglais scolaire rattrapés en un mois d’été en Suède.
Mais oui, mais oui, en Suède !

Mais c’est une autre histoire, toute mon histoire en fait.

 

Maman m’avait appris à lire avec l’incontournable valeur sûre des familles (à dire avec l’accent suisse) – Mon premier livre, Payot Lausanne – qu’à mon tour je repris pour transmettre ce formidable apprentissage à mes trois fils, tout jeunes eux aussi.

Encore une autre histoire… toute mon histoire en fait.

 

Pour en revenir à Éloïse, j’adorais son univers, je scrutais les dessins extraordinairement détaillés, ces visages si expressifs, je vivais ce qu’elle racontait, j’avais tout simplement l’impression que… Éloïse, c’est moi !

Ses cheveux étaient raides, je les avais bouclés, son quotidien différait bien du mien, moi j’habitais avec mes parents à Neuilly, elle au Plaza with her Nanny, pourtant il me semblait que nous avions des façons d’agir et de penser absolument comparables.

Identification, vous avez dit identification ?

 

Il y a une petite trentaine d’années les Éloïse furent abondamment réédités, déclinés dans différents formats avec tous les produits dérivés qu’on imagine, dont un film, une série télévisée, que sais-je encore.

Mais je me rappelle qu’à une époque antérieure on ne les trouvait plus en librairie – rupture de stock, en attente de réimpression – et moi, Laure, j’étais contente d’avoir précieusement conservé mes éditions originales.

Elles ont gardé leur place de choix dans notre bibliothèque, juste à côté des rangées de bandes dessinées dont je constituai une impressionnante collection au cours de ma trajectoire chez Gaumont qui comprit une étroite collaboration avec les Éditions Dargaud…

Mais c’est une autre histoire, toute mon histoire en fait.

 

« Parfois je pique une grosse colère. Ensuite je redeviens charmante. »

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« Eloïse, c’est moi. J’ai six ans. »

2 réflexions sur “Moi, Eloïse

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