L’âme de Marie-Rosalie Vanloo

Objets inanimés avez-vous donc une âme
Qui s’attache à notre âme et la force d’aimer ?
— Alphonse de Lamartine

Aux objets de ma vie je suis si attachée.
Chacun d’eux me relie à un faisceau de souvenirs d’une précision sans faille.
Je revois les couleurs, j’entends le son des voix, je perçois les odeurs associées, d’autres sensations reviennent aussi bien. Elles sont là, tout près, juste au creux de mon cœur.

Sur une recherche rapide, mon ami Google m’apprend que tu t’appelles Marie-Rosalie.
J’en suis fort aise : j’ignorais ton prénom même si, dès que je sus lire à quatre ans, j’imaginai facilement que ton nom fût Vanloo.

A la maison, nous disions simplement « la petite fille, là, tu sais bien, la sanguine ».
Peut-être, elle aussi, avait-elle du tempérament ?

Je suis heureuse – oui, heureuse, c’est le bon mot – qu’après moult tergiversations tu aies finalement trouvé ta place à la maison.

Ici, je veux dire, car la maison, c’est où ?

C’est là où vivent les parents, non ?
Nos fils n’ont jamais habité ici et, lorsqu’ils sont partis, ça n’était pas d’ici.
Pourtant ils continuent à dire, en parlant d’ici, qu’ils reviennent à la maison.

Les digressions souvent me conduisent dans les chemins de traverse mais la balade des souvenirs me ramène à bon port, dans mon n’havre de paix où plus rien ne me navre : le vaste Domaine de la Mémémoire, là où je nous retrouve, tous âges confondus, époques épiques aussi. 

Ce tableau, du plus loin que je me souvienne, je l’ai toujours vu à la maison.

Papa, que je questionnais à ce sujet il y a encore peu de temps, me confia qu’un matin de rangement du grenier de Pourgent, il y a fort longtemps, cette petite fille lui avait tapé dans l’œil (ces expressions toujours me surprennent, qui parlent de douleur quand c’est justement de plaisir qu’il s’agit) :

« Je ne saurais te dire de quel côté de la famille provenait ce tableau. Elle était reléguée, là, toute seule, dans un coin du grenier. Personne ne la voulait, je l’ai prise et j’étais ravi. »

Son regard bleu suivant l’ascension vers le plafond du rond parfait qu’il venait de produire après avoir gonflé ses joues et lentement exhalé la fumée de son cigare, il avait ajouté sans se soucier de les répertorier :

« Dans chacun de nos déménagements, elle nous a suivis. »

Quand j’étais toute jeune, je me rappelle, je le contemplais pendant des heures – je parle du tableau – en le détaillant d’un œil critique car je pensais, vraiment, je pensais que c’était moi.

Papa un jour avait dit en le désignant : « J’adooore cette petite fille ».

Et moi, j’avais déjà un sens aigu de la déduction.

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