Emballez, c’est pesé !

Je repense à cet achat récent.
Il s’agissait, ce n’était pas bien compliqué, de glisser dans quatre sachets de papier fleuri huit pièces de tissu de format identique. De très jolis paréos.

Sans rigoler, ce fut toute une aventure.

J’observe la vendeuse. Elle est gentille comme tout mais pas très nerveuse. Enfin… c’est moi qui suis gentille : autant dire qu’elle est lente et molle. Et alors là, si les gens mous m’agacent, ceux qui sont lents m’exaspèrent.

Rien qu’à la voir empiler les paréos – une chance, ils sont déjà pliés – je sens qu’on va y passer des plombes. La façon dont elle s’y prend, c’est… c’est sidérant. Je la regarde faire. Je suis atterrée. Vaut le coup d’œil, vraiment. Maladresse et inefficacité conjuguées. Une catastrophe.

Le premier sachet se déchire à la pliure. Elle soupire à peine, en prend un autre et – les mêmes causes produisant les mêmes effets – le déchire idem.
Elle sourit vaguement, à peine troublée.

Implication zéro.

Et pourtant si, la voilà qui prend une initiative inouïe !
Véritable force de proposition, elle farfouille dans le fouillis de son comptoir et se saisit d’un rouleau de scotch.
Je suis ce retournement de situation avec l’intérêt qu’on imagine.
Elle pose le socle bien à plat devant elle, tire un bout de langue et quelques centimètres de ruban adhésif qu’elle applique sur le rabat du sachet avec l’air concentré de celle qui accomplit un exploit.

Je suis consternée : pas dans ce sens-là, malheureuse… ça ne tiendra jamais.
Elle fait ça n’importe comment – je ne peux quand même pas lui expliquer comment il faudrait s’y prendre, ça parait tomber sous le sens, non ?
Eh bien voilà, comme on pouvait s’y attendre, ça se décolle.

Je retiens le frémissement d’exaspération qui m’agite, c’est tout juste si un sanglot nerveux ne me secoue pas. Mais je me contiens.
Elle continue à sourire, distraitement appliquée… mais molle, moooolle. En plus elle a l’air pleine de bonne volonté, c’est ça qui m’achève.

J’ai envie de hurler. Mais non, voyons, du calme. J’inspire et j’expire – comme disait William – c’est un bon exercice pour faire tomber la pression.
Je regarde autour de moi, croise le regard de mon namoureux qui me sourit tendrement. Je lui rends la pareille. Cet homme est un archange de patience.

La vendeuse reprend un morceau de ruban adhésif et recommence, imperturbable – a-t-elle seulement des états d’âme ? – sans modifier d’un iota sa façon de s’y prendre.
Et nous n’en sommes qu’au premier paquet.

Accablée, je frémis en mon for intérieur mais je patiente…
Nous sommes en vacances, nous avons tout notre temps, zénitude et plénitude.
Aaaarg, si je m’écoutais… Ça me démange de lui dire poussez-vous de là que je m’y mette, ce sera infiniment plus rapide, et nettement plus réussi. Mais non, ça ne se fait pas.

Pas d’urgence, ne nous bousculons pas.
Voilààààà, on arrive péniblement au quatrième paquet.

C’est alors qu’elle imagine ajouter du ruban qu’il va lui falloir friser.
Rien qu’à la manière dont elle tient ses ciseaux, je sais que c’est mal parti, elle va s’y reprendre à plusieurs fois pour un résultat médiocre.

Mes muscles horripilateurs s’activent, un frisson me tend la nuque, mais je fais bonne figure, le sourire peut-être un peu crispé.
J’attends poliment. Je ne suis pas une cliente odieuse, je ne serai ni désagréable ni offensante. Je me trouve admirable d’ailleurs, pas sûre que d’autres en eussent fait autant.
Heureusement il n’y a personne derrière nous.

Quelle idée, aussi, de demander des paquets cadeaux. Jamais je n’aurais dû. Ça prend un temps fou. Mais nous avons tout le nôtre, n’est-ce pas.
Et pourquoi je m’énerve comme ça, hein, moi… du calme… enfin voyons.
Elle, elle est calme. Ah ça, oui. Pour être calme, elle est calme.

Ça y est ! Munis d’un plus grand sachet dans lequel elle a réuni nos achats – il aura tout de même fallu subir un dernier suspense insupportable, qu’elle en extirpe quelques-uns de son casier avant de trouver la bonne taille – nous sortons enfin de la boutique.

J’explose :

— Nom de Zeus, jamais de ma vie je n’ai vu pareille empotée !

— Hmmm ? Qui donc ? demande distraitement mon namoureux.

2 réflexions sur “Emballez, c’est pesé !

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