La boule de l’escalier

Elle n’est plus sous mes yeux mais elle est là, en moi, alors ça fait pareil, comme un soleil souvent ou comme une boule simplement, lourde à déglutir parfois.

Quand j’étais petite je pensais que la maison était construite tout autour, qu’elle était un peu comme un cœur central d’où rayonnaient ces courants d’énergie que je ressentais très bien, autour de nous, dans telle ou telle pièce, des courants peu courants qui jusqu’au grenier montaient.

La maison est partie, elle aussi, il y deux semaines, trois peut-être, je n’ai plus tellement la notion du temps.
En légère perte de repères, la petite dame ? ça lui passera, comme tout passe toujours.
C’est pour ça aussi que je suis a little bit melancholic ces jours-ci, parfois.
Oui, pour ça aussi.

Je ne crois pas, pendant toutes ces années où la maison fut par l’un ou l’autre d’entre nous habitée, être une seule fois passée à côté d’elle sans arrondir ma main sur son pourtour doré.
Douceur du cuivre ancien.
Forcément, ça crée des liens.
Des liens qui perdurent.

Sa surface polie – aussi polie que nous étions bien élevées, fallait-il le préciser – reflétait ce qui se trouvait dans la pièce.
Derrière nous l’entrée ; à droite le salon et la bibliothèque qui, à ses débuts était gris et blanc puis devint jaune et bleu, un rappel de Giverny, peut-être, je ne l’ai jamais su ; à gauche la salle à manger et son carrelage inouï, puis la salle à manger d’été.
Au fond se trouvent la cuisine et les dépendances, disait notre père avec un geste négligent de la main éloignant de lui ces domestiques contingences.

Puis nous avons l’escalier de bois ciré qui s’enroule autour de cette boule et conduit vers les hauteurs de la maison.
Tellement bien ciré, cet escalier.
Dérapages contrôlés, tellement bien contrôlés.

Sur la photo, dans la boule c’est moi que l’on devine.
Bien sûr, puisque c’est moi qui l’ai prise.
La photo, je parle de la photo.
La boule, je l’ai laissée.
Et si je la perds un peu parfois – elle était facile, celle-là aussi – moi j’y vois qui je veux.

On nous trouvait si ressemblantes, nous nous disions si différentes.
On nous disait si ressemblantes, je nous trouvais si différentes.

J’ai beaucoup à écrire sur cette maison.
Des petits bouts d’écrits, des fragments de ma vie.

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