Plumes d’écrits, plumes plombées

Plume en clavier désormais enclavée, à l’encrier ne trempe plus.
Plume acérée comme larme aiguisée, plume au vent levé ne tremble plus.
Plume assurée et résolue.
Plume apaisée.

Le passé décomposé rend tout imparfait – je l’ai dit déjà, je sais – mais, recomposé, il ressuscite aussi présent et futur conjugués.
Déclinaison des émotions, récitation des souvenirs, dissertations illimitées et si j’écris, j’écris à l’envi, décris mes envies, m’écrie, décrie, crie, ris et… si je ne vois pas toujours où je vais, je vis.

De ma plume je ne vis, même taillée comme on taille un crayon, mine de rien.
Plume douce, fragilagiles ailes de papillons portant les souvenirs alertes.
Plume insidieuse pour faire se tordre on va dire de rire sous sa caresse précise et légère, sans précipitation. Et monte la tension comme on dose les mots.

Plume lourde mais le plomb pèse autant – réfléchis un peu, voyons.
Crayon de papier et sa mine de plomb, on dit pointe aussi, tracent de rapides dessins. Rapides, nerveux, et bientôt rageurs. Exquises esquisses puis tout s’emmêle.
Plomb confondu, fondu comme pète un câble, mais petit plomb n’est mortel que dans sa répétition et quand pleurent les plaies au fond des plumes froissées, fondu enchaîné déchaîné sur les oies perchées, les oies plumées.
Édredons ou plumons, oreillers bien bourrés à coups de poings retapés – aère-moi tout ça, fenêtre grande ouverte, les miasmes s’enfuiront et tes cauchemars avec.

Et qu’est-ce encore que ces inventions-là ? Tu fais bien des histoires.
Je t’interdis de dire cela. Tu es folle, oh oui, folle, je crois. Elle est folle, n’est-ce pas ?

Mais c’est une autre histoire, toute mon histoire en fait.

Ceci posé, pourquoi faire table imberbe de ce qui fut, de ce qui fit, de ceux qui firent ?
Confire le passé pour l’enrober de sucre ?
Comme on confit les oies * ?
Ne confier que le sirupeux ?

Mais alors, à qui se fier, alors-alors ?
Mais à Laure puisque « elle sait », initialisée, et qu’ L n’a rien oublié de ce qui fut fait et confié.
Initiée je le fus, bien assez tôt et mot pour mot.

Changer le mot de passe du passé ?
Tout passe, lasse et s’enlace.
À l’envers ou à l’endroit comme on tricote ses souvenirs – « Je pique, je mets ma laine, je tire et je m’en vais » – même si ça te dépasse, au travers des mailles laisse passer ce qui dépasse et repasse donc de ce côté-ci : le fer est chaud !

 


* N’omettons pas de citer ici ce merveilleux aphorisme :

« Un écrivain qui se livre, c’est un peu comme un canard qui se confie. »

 

5 réflexions sur “Plumes d’écrits, plumes plombées

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