Je me fais des idées ou quoi ?

Je me fais des idées ou quoi ?

Serrée de trop près dans le métro par un type, oh, pas l’air bien méchant mais qui, alors qu’il y a de la place, se colle juste en face de moi, si proche que je me sens envahie dans mon espace de tranquillité. Je n’ai pas dit périmètre de sécurité, le mot ne m’est pas venu à l’esprit.

Pas du tout le même effet que de se trouver dans un wagon bondé où nécessité fait loi : si tu veux attraper ton train à temps, tu n’attends pas la rame suivante qui sera vraisemblablement aussi chargée et tu supportes, le nez dans la capuche bordée de fourrure acrylique de ta voisine – waw, pas forcément très nette, cette capuche – le contact d’un corps non-identifié dont tu sens qu’il s’appuie de tout son long derrière toi.
Ça, c’est plus agaçant que gênant, mais on est tous logés à la même enseigne le temps de ce trajet-là, jusqu’à ce que le wagon vomisse sa cargaison humaine dès qu’on arrive aux abords de St-Laz’.

Non, là c’est différent, il y a de la place et ce type est vraiment proche, trop proche de moi.
Les signaux d’alerte clignotent dans ma tête et c’est déplaisant.
Ce type me gêne.
Je tiens les anses de mon sac à deux mains devant moi et lui a le bas de son manteau, eh bien, juste à la hauteur de mes mains, précisément.
Et c’est… pfff… c’est désagréable d’y penser. Pénible, même. Voilà.

C’est moi qui me fais des idées ou quoi ?
J’ai quand même passé l’âge de me faire serrer dans le métro.
Mmouais, c’est sûrement moi qui me fais des idées.

Si ça se trouve, ce type est dans la lune, plongé dans ses réflexions.
Oh, et puis il a l’air relativement inoffensif, dans le genre insignifiant.
Allez, c’est moi qui me fais des idées. A-t-on idée, aussi…

Non mais quelle gourde, je t’assure, arrête de stresser comme une malade, me souffle une de mes petites voix intérieures. Mais, quand même, intervient une autre de mes petites voix intérieures (oui, j’en ai plusieurs comme ça), ce type est trop près de toi et, si ça se trouve, c’est un vilain monsieur ; méfie-toi, monnn’enfant !

Soupir. Vous êtes marrantes, vous deux. Oui, oui, je nous parle comme ça très souvent, on rigole bien d’ailleurs toutes ensemble, ou alors on n’est pas d’accord, comme aujourd’hui et je ne sais jamais trop bien laquelle je dois écouter…

Alors je fais quoi, moi ? Je remonte mon sac contre mon cœur d’un geste prude, façon bouclier de ma vertu, pour mettre un peu de distance ?
Un peu ridicule si ce type ne pense pas à mal.

Coincée contre le strapontin, je ne peux reculer.
C’est péniiiiiiibleuh.
Je suis gênée et c’est bien ça qui m’énerve.
Ne pas savoir à quoi m’en tenir, hésiter sur l’éventualité… ou la probabilité… voire la certitude d’avoir à subir un pervers furtif m’est très désagréable.

On arrive à Europe.
Je m’apprête à descendre. Lui ne bouge pas d’un pas, le regard dans le vide.
Il est là, il me barre le passage, il fait celui qui ne me voit pas.

Il m’oblige à me baisser pour passer sous son bras.

La belle affaire.

J’ai compris.

C’est un sale type. Un pauvre type, quoi.
Un de ceux qui trouvent une jubilation malsaine à emmerder une femme pour se prouver je ne sais quoi. Oui, vraiment, je me demande bien quoi.

 


* Après coup seulement j’ai songé que lui tousser en plein visage, postillons compris, l’aurait peut-être amené à s’écarter. Une prochaine fois, j’y penserai, non mais !

 

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