Saisir la balle au bond

Quand nous étions petites, sept et neuf ans si mes souvenirs sont bons – mais pourquoi seraient-ils mauvais ? –, ma sœur et moi prenions des cours de tennis.

Nous étions quatre tout jeunes enfants sur le court.
Du même âge.
Deux de chaque côté.

Très souvent nous nous retrouvions, tous les quatre, pendant notre enfance, l’adolescence aussi. Ensuite nous nous sommes mariés. Les valeurs ajoutantes surent s’entendre. Ils sont rares, les amis de toujours que nous avons gardés.
Pas des cousins mais presque.

Des cousins, nous en avions déjà des tripotées.
Mais c’est une autre histoire, toute notre histoire en fait.

Revenons à ces cours de tennis que nos parents respectifs ensemble nous faisaient donner.

Le professeur, lui, se donnait bien peu d’efforts pour nous impliquer.
Il nous montrait vaguement la façon de tenir nos raquettes, nous rappelait les gestes que nous répétions d’abord à vide, puis il se calait dans son fauteuil où il restait vautré pendant tout le cours, se contentant de commenter d’une voix rogue la façon dont nous évoluions.
Se remuer pour des enfants ne valait sûrement pas le coup.

Monsieur Combes.
Près d’un demi-siècle après, je n’ai pas oublié son nom.
Quel gros Combes, celui-là.

Deux machines placées de part et d’autre du filet nous lançaient les balles, un coup à gauche puis l’autre à droite, avec une régularité de métronome.
Au bout d’un moment nous changions de place pour travailler alternativement coup droit et revers.

Ma sœur progressait peu, à tous les coups ratait les balles.
Et ce gros Combes de s’énerver et de crier :
— Ho, la petite, là, prépare ton couuup !

La pauvre se contorsionnait, sans grand résultat.

Tout d’un coup, Maman qui l’observait – sa benjamine sur les genoux – comprit qu’à coup sûr sa cadette ne comprenait rien.

Elle lui souffla de laisser son cou tranquille.

Du coup « la petite » se mit à courir au devant de la balle.
Le gros Combes, pas du tout dans le coup, n’avait rien noté.
Un vrai boulet.

Bien vite, de nous quatre, elle sut le mieux jouer.
Les boulets qu’elle envoyait, fallait drôlement se gaffer… !

Longtemps elle sut se faire respecter.
Ensuite, bien après, bien après, quand seule elle dût monter au filet, elle était déjà jusqu’à la corde usée.

Mais c’est une autre histoire, toute son histoire en fait.

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Transition habile – puisqu’en toutes choses il en faut, des transitions et de l’habileté.

À l’agence et dans mon quotidien de « voiture-balai » j’ai passé un temps fou à faire en sorte qu’il n’y ait pas de trous dans la raquette.
Dans une autre vie peut-être étais-je chargée du contrôle qualité dans une usine de fabrication de raquettes, à vérifier la bonne tension des boyaux.

… des boyaux ?

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… quels boyaux ?

Quand j’étais petite, le cordage des raquettes de tous ceux qui jouaient au tennis autour de moi était en boyau, et les raquettes en bois bien fixées dans un cadre dont on vissait soigneusement les attaches.
Cela, nous avions le droit de le faire.

En revanche, interdiction aaaaabsolue de tripoter le cordage pour ne pas en dérégler la tension.
Et les grandes personnes ajoutaient :
— Pas touche, c’est du boyau de chat !

Nous n’avions pas de chat à la maison, mais quand même, euh… parcourue d’un long frisson – désagréable, celui-là – je sentais tout mon dos se tordre.

Tord-boyaux ?
Ah non, c’est encore autre chose.
Une autre histoire et d’autres souvenirs.

Quand j’étais petite on entrait sur un court de tennis (en terre battue, évidemment – qu’il fallait refaire tous les ans) vêtu de blanc des pieds à la tête.
À Pourgent, perchée sur l’énorme pierre moussue sur laquelle ils s’appuyaient tous ensemble pour resserrer les lacets de leurs chaussures de tennis blanches – on ne disait pas basket à l’époque, voyons – j’adorais regarder jouer mes parents, mes oncles et tantes et leurs amis et, attentive toujours, très attentive, je détaillais leurs tenues.
Le blanc de rigueur n’interdisait pas la variété et ça vous avait une certaine allure.

Mais je sais bien qu’en d’autres temps il en fut autrement.
Et aujourd’hui, le blanc n’est plus de mise.
Tout évolue.

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Robe de tennis, Angleterre 1885 – Toile unie en coton imprimé avec bordure en dentelle de coton

 (via InPrettyFinery)

 

Crédit images : Pixabay

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