Ces gens bruyants

Vacances en Sicile il y a quelque temps. Je me repose et me détends mais ne perds pas une occasion d’observer les gens. C’est passionnant.

Certains sont peu conscients de ceux qui les entourent, l’idée de déranger, voire même de heurter ne les effleure pas.

Une dame, assise pas loin de nous devant son verre et son mari, dégaine son portable, appelle sa fifille – « Allô chérie ? C’est Môman ! » – et lui fait à (très) haute voix un debrief désabusé de sa journée, genre chui revenue de tout et ici ou ailleurs on s’emmerde pareil… sympa pour les voisins.

« La bouffe ? La bouffe, oh ben la bouffe, tu sais, c’est comme partout, hein… Quoi ? Ouais, ouais, des pâtes, de la pizza, de la paella, ça, de la paella, y’en a tant qu’on en veut, de la paella… Quoi ? Non, moi j’aime pas. Sinon c’est des salades de poulpe ou du poisson grillé. Pfff, tous les jours, le poisson grillé… Quoi ? À la plancha, c’est ça…. Quoi ? Non, moi j’aime pas. Et puis alors des aubergines, des poivrons, des courgettes, et encore des aubergines. Les aubergines, y t’servent ça à toutes les sauces… Quoi ? Non, moi j’aime pas. Enfin, c’est toujours les mêmes trucs, quoi… »

Cette ahurie n’a pas noté que c’est délicieux, savoureux, très varié, bien présenté, de l’excellente cuisine familiale, soignée et locale. Je suppose que ce sont les frites qui lui manquent.

Elle poursuit sa conversation téléphonique et claironne : « Alors évidemment, Jacques, ben y s’gave. »

Coup d’œil au dénommé Jacques qui prend tout d’un coup l’air d’avoir envie d’être resté dans sa chambre. Et, c’est plus fort que moi, j’éclate de rire et je m’exclame : « Bah alors, Jacques, vous vous gavez ? Faut dire que ça change de l’ordinaire, non ? C’est mieux que le menu de la cantine ou ce qu’on se prépare vite fait le soir en rentrant crevé de sa journée de taf ? »

Lui rigole, un petit peu mais pas trop, hoche la tête pour acquiescer… et moi d’en rajouter : « Comme on profite du coup de fil, je donne mon avis et, même, je le partage, oui, à voix haute moi aussi. »

Je crois que ni l’un ni l’autre n’ont compris, en tout cas pas elle qui finit son appel, rempoche son portable, puis se lève et aboie : « Bon ben alors, Jacques, tu bouges ? Allez, on va manger, là ! »

Si les points de suspension pouvaient parler, ils z’auraient teeeeellement de choses z’à dire.

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