Dilemme champagne

En matière de champagne, n’en déplaise aux connaisseurs – mais, après tout, j’en suis une, amatrice avertie pour ne pas dire adoratrice ! – et contrairement à cet avis répandu qui veut qu’on préfère les flûtes dont on prétend qu’elles conservent mieux l’arôme et les bulles de ce plaisant nectar, moi je n’aime que les coupes.
De cristal évidemment, c’est bien plus élégant.
Cristal transparent bien sûr. Pas de coupes sombres.

Les coupes présentent davantage d’ouverture.
Le champagne s’y s’épanouit largement et, lorsqu’on le goûte, le pétillement des bulles monte comme une caresse sur les joues, un effleurement sur le bout du nez que j’ai sensible et retroussé, c’est absolument délicieux.
Cela fait partie intégrante du plaisir de la dégustation.
Dégustation qui requiert une gestuelle spécifique.

En parfait équilibre il faut savoir tenir sa coupe tout en gardant le poignet souple et le bras animé.
Cette sorte de rondeur dans le mouvement, de douceur, de précision aussi, s’apprend, à l’usage dirai-je, comme l’on parfait sa façon de valser aux bras d’un cavalier émérite.

J’avais lu je ne sais où qu’un modèle de coupe fut moulé sur le sein de la Pompadour, sous ou plutôt sur Louis XV.
Exquise légende, semble-t-il, mais qu’importe.

S’il s’agit d’y tremper un boudoir – la gourmandise parfois le requiert, pour mieux savourer deux textures associées, deux goûts complémentaires, et je pense aux canards dans le café ou même le cognac, dont mon grand-père et mon père me régalèrent, mais chut faut pas le dire – s’il s’agit d’y tremper son boudoir, disé-je, dans une coupe seul le bout du bout s’en trouvera adouci. Adouci plus que ramolli, et c’est bien mieux ainsi.

Et si c’est le bout du bout du petit doigt que l’on vient y tremper, c’est alors – tradition oblige dans ma famille à moi, au grand dam de mon beau-père médecin qui nous raconta les ravages du calva dans les biberons normands il n’y a pas si longtemps – c’est alors pour le donner à téter au bébé que l’on tient sur ses genoux.

Au champagne ainsi baptisée, dès que possible j’y reviens.
Nez palpitant, lèvres avides, quand ma coupe est pleine, je la vide.
Et quand elle est vide…  je la plains.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[Credit image : Pixabay]

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