Tu comprendras quand tu seras grande

Mes souvenirs remontent, hoquets douloureux, comme des haut-le-cœur pas vraiment haut-les-cœurs qui serrent la gorge et me prennent aux abats comme on dirait aux tripes – quel trip ! – puisque aussi bien le cœur en fait partie.

Me laisserai-je abattre ?
Mais non, je tiens très bien le coup et les à-coups induits.

Qu’il doit être drôle, quand on sait, de se moquer de celle qui ne comprend pas et qu’alors on fait marcher et galoper, grimper sur la durée.

Pas celle des macarons ; la durée récurrente.
Qui récure les casseroles, celles qu’on lui fait traîner.

Un bon mot, une allusion placée, souvent sous la ceinture ?
Explosion de rigolade dans les familles qui se targuent d’avoir l’esprit, on ne dit pas mal tourné, plutôt bien orienté.

La mienne la revendiquait – ô combien – cette tournure, pardon, orientation d’esprit tellement spirituelle.
De sourires finement échangés ils se lâchaient parfois en éclats de rires franchement affichés : comprenne qui voudra et surtout qui pourra.

Et si tu demandes, si tu oses t’enquérir quand bien même le sujet te sidère, tombe dès lors la réponse immuable, aux calendes grecques ce renvoi immanquable – qui entraîne d’autres rires en cascade :

— Tu comprendras quand tu seras grande.

Alors, le plus souvent, tu te tais et tu réfléchis.
En quoi est-ce si drôle ?
Tu considères, tu pèses et tu envisages, tu compares et tu observes.
Tu analyses.
Et tu supposes et tu supputes.
Et tu te prends la tête.

Et, peu à peu, mal assurée et jamais rassurée, tu assois tes certitudes.
Oui, oui, sur ton séant.
Où tu te retrouves parfois.
Car, pour ce qui est de réponses précises, tu peux t’asseoir dessus.
Et ça s’empile…

— Tu comprendras quand tu seras grande.

Grande, j’ai voulu l’être. Vite.
Vite, pour rejoindre mes grands à moi, un jour être admise à jouer dans la cour des grands, à mon tour prendre les grands moyens, de grands airs ou bien celui du large.

Je me suis rendue à l’évidence mais j’en suis revenue : sans verser plus de larmes j’ai rendu les armes.

Pour certains, toujours je resterai la p’tite, celle qui n’a rien compris, ne comprendra jamais.

Quand on n’a pas les références voulues ou surtout l’âge requis, c’est si dur de comprendre.
De rire au bon moment.
Et, tout bien considéré, pesé, envisagé, comparé, observé, analysé, supposé et supputé, si difficile d’être vraiment sûre, oui, sûre et certaine d’avoir tout bien compris.

Surtout si de détails, d’exactitude et de précision tu es éprise.
Prise de tête assurée.

Le doute plane, qui n’est pas près de se poser.
Surtout par les jours de grand vent.

[Credit image : Pixabay]

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