Toucher de gros ventre

Il faut bien le reconnaître, les gens adorent toucher le ventre d’une femme enceinte.
Pensent-ils que cela porte chance, comme on se doit de titiller le pompon d’un gars de la Marine ?
Est-ce cette vie mystérieuse qui se développe in utero qui suscite cette fascination ?

J’ai deux-trois souvenirs comme ça, très… prégnants, c’est le cas de le dire.

 

À la toute fin de la grossesse de mon aîné, ça pointait !
Comme on dit élégamment, j’étais enceinte jusqu’aux dents…

Un jour dans la rue, je croise cet artisan-maçon portugais que je n’avais pas vu depuis un petit moment, qui était intervenu plusieurs fois chez mes parents, chez nous aussi, pour des chantiers successifs, un monsieur absolument charmant que tous dans la famille nous appréciions parce qu’il était franc, direct, sympa, et puis marrant comme tout, en plus, ce qui ne gâche rien.
Il avait quoi, une petite dizaine d’années de plus que moi ?
Oh, même pas.
Bref.

Le voilà qui s’arrête sur le trottoir pour nous regarder arriver, mon gros ventre et moi.
Avec un immense sourire, à pleines mains il me l’attrape. Mais carrément par le dessous, comme pour le soupeser.
Ce qu’il fait d’ailleurs, et il s’exclame :

— Oh, mais madameuh Som’ *, qu’est-ceuh que vous nous préparez-là commeuh splennnndeur ? Vous êteuh comme un soleil-euh qui rayonneuh !

Bon, eh bien j’avoue que malgré le contact presque intime – moi quand on m’approche de trop près, j’ai plutôt tendance à détaler – ça m’a fait vraiment très  plaisir et je n’ai pas été gênée du tout.

 

En revanche, alors que j’attendais mon deuxième fils, lors d’un mariage du côté de ma belle-famille, j’ai été présentée à tout un paquet de cousins de mon namoureux – ce qui déjà, en soi, est un peu impressionnant, en tout cas pour moi à l’époque ça l’était – et je précise tout de suite, c’est important, qu’eux aussi sont francs, directs, sympa et marrants comme tout.
L’un d’eux se détache du groupe pour s’avancer vers moi.
Exactement de la même façon, il m’attrape le ventre à pleines mains et commence à me le malaxer avec ce commentaire :

— Mais dis donc, toi, on dirait bien que tu es en train de nous préparer une merveille, tu es rayonnante !

C’est drôle parce que c’était pratiquement du copié-collé, comme situation, non ?

Eh bien moi j’ai été horriblement, mais affreusement, terriblement, excessivement gênée. J’ai dû avoir un mouvement de recul, tous se sont mis à rigoler.
Je ne sais plus même dans quel sens ni dans quel ordre cela s’est fait.
Dans une sorte de brouhaha, j’ai entendu les uns qui disaient à mon namoureux :

—Bravo, bel effort !

… et les autres qui disaient au cousin en question :

— Ah toi, décidément, dès qu’il s’agit de tâter, et une jolie femme tant qu’à faire !

Et tous qui riaient, riaient….
Et moi qui étais gênée, gênée….

Voilà que sa femme me dit :

— Ne t’inquiète pas ! Tu sais, il est gynéco-obstétricien, dès qu’il voit une femme enceinte, on ne le retient plus !

Et tous de s’esclaffer.
Et moi je ne savais plus où me mettre.

 

Je continue à me demander pourquoi j’avais été à ce point gênée dans ce contexte-là, et pas du tout dans le premier.
Mais c’est une autre histoire, toute mon histoire en fait.

 

Mon troisième fils, je l’ai attendu à la campagne, j’étais bien tranquille et si on m’a tripoté le ventre à cette occasion – oh, ça s’est très certainement produit – peut-être avais-je fini par m’habituer, quoi qu’il en soit je n’en ai pas conservé le souvenir.

 

Moi aussi, je le reconnais, quand je vois une femme enceinte, j’ai une irrépressible envie de poser ma main sur son ventre.
Mais je commence toujours par lui demander si elle veut bien et, si je la sens un tant soit peu réticente, je m’abstiens.
Et je comprends très bien qu’un homme puisse de la même façon avoir envie de toucher le ventre d’une femme enceinte.
M’enfin tout de même, la moindre des choses, c’est de demander la permission.

C’est vrai, quoi, on n’est pas des « pompon » girls, non plus.

 


* Oui, Sommervogel n’est pas un nom facile à prononcer convenablement : à l’alsacienne mais pas à l’allemande ni à la normande.
Du coup, dire Som’ ça va aussi vite.
Pas d’erreur possible.
Sinon ça donne régulièrement du madame Sommer-vos-gueules, Sommervogelle, Sommer-euh-fauquejleveule… bref, n’importe quoi !
So-mère-faugle, ça n’est tout de même pas si compliqué ?
Faut croire que si.

 

[Credit image : Pixabay]

4 réflexions sur “Toucher de gros ventre

    • Oh, merci ! Oui, c’est bien oiseau d’été en allemand, mais en vieux patois alsacien, notre nom signifie… papillon !
      Ah, les papillons et moi, c’est une histoire qui dure depuis bien plus longtemps encore… alors c’est très drôle, cette synchronicité-là, une de plus, ou surprenant, mais moi je trouve surtout cela très amusant !

      Aimé par 1 personne

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