J’ai peur de mon nombre

Moi j’ai peur de tout, tout le temps.

J’ai peur de mon nombre.
Mais non… pas de mon nombre, enfin voyons : je parle de mon ombre !!

Il est terrible, ce téléphone, je dicte et lui n’en fait qu’à sa tête, si vous voyiez ce qu’il voudrait me faire écrire parfois, enfin passons, ah mais c’est que je ne fais pas ce que je veux, je vous assure, il est très indépendant, je dois le surveiller de près, de très-très près, je ne sais jamais exactement qu’il ce qu’il est capable d’inventer et c’est d’ailleurs particulièrement agaçant. Et inquiétant. Limite angoissant, m’enfin tout de même pas à ce point. Encore que.
Mais je m’éloigne du sujet, pardon.

Je disais que j’ai peur tout le temps.
Oui, j’ai peur.
J’ai peur de ce qui va arriver.
J’ai peur de ne pas y arriver.

C’est super inquiétant, c’est angoissant, et puis surtout, c’est ffffffffffatigant.
Oh, je n’ai pas besoin de mettre de mots savants ni de diagnostic-tac-toc précis sur ce que je ressens. Ça m’avancerait à quoi, franchement ?
Je suis une grande fille maintenant et, même si je n’ai jamais que t’huit ans et demie, je devrais être en mesure de me rassurer toute seule en me disant, comme le ferait une sœur gentille, affectueuse et attentionnée :

— Tu as en toi des capacités d’adaptation dont tu ne te crois pas capable et, pourtant, à maintes reprises, et pas des plus faciles, tu l’as déjà prouvé, tu t’es déjà prouvé que tu sais faire ce qu’il y a à faire, que tu sais t’adapter. N’oublie jamais que le pire n’est pas certain, alors… fais, tu devrais y arriver, et puis tu verras bien !

En me le disant, et en me le répétant.
Souvent.
Sans me lasser.
Parce que j’oublie vite, moi, et j’ai besoin d’entendre et de réentendre souvent les choses importantes. Pour bien m’en persuader, me rassurer, me conforter, tant le doute reprend vite le dessus.

Voilà, c’est ça qu’il faut me dire.
Cela dit, et ce n’est pas pour dire, j’ai remarqué que c’est plus convaincant si c’est moi qui me le dis.
Ce que me disent les autres, souvent, pfffff, ça entre et puis… ça va, ça vient… et c’est rare que ça reste.
Enfin, ça dépend. Y’a des choses que je retiens. Quand même. Des bonnes, et puis certaines que je ferais mieux d’oublier – un comble.
Mais c’est une autre histoire, toute mon histoire en fait.

Donc, donc, donc… « N’oublie jamais que le pire n’est pas certain, alors fais, tu devrais y arriver, et puis tu verras bien ! »
Voilà ce que je peux me dire, me redire et me répéter.

Encore faut-il que j’y pense.
Et que je m’écoute un peu, au lieu de n’en faire qu’à mon cœur.

 


 

Peur de mon nombre ?
Non mais… qu’il est con, ce téléphone, il n’y a pas d’autre mot, sorry.
Et puis peur de quel nombre, au juste ?
Ça m’énerve, mais ça m’énerve (on ne dit pas ça m’énerve, on dit ça m’agace, je sais, mais je m’en fiche), ah oui vraiment ça m’énerve quand, en plus de tout le reste, il faut encore que je me pose ces questions-là. Sans être sûre du résultat, puisque je peux toujours courir si je m’imagine qu’il va me donner une réponse précise.
Qui ça ? Mais mon téléphone, enfin. Qui d’autre ?

Mais quel nombre ?
Mon âge ? Gningningnin, c’est malin.
Mon poids ? Quel imbécile.
Mon espérance de vie ? Qui sait.
Et tout ce que je suis bien incapable de dénombrer.
Et ton nombre d’or, Laure, qu’as-tu fait de ton nombre d’or ?
Quoi ? Mais franchement, quoi-quoi-quoi ? Qu’est-ce que tu racontes encore, toi, comme conneries ?
Ah, le voilà qui se tait. Sûrement je l’ai vexé.
Monsieur mon téléphone ne me dira plus rien.
Il boude.
Ah non, il faut que je le recharge. Déjà ?

 

[Credit image : Pixabay]

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