Ombres portées, comptées et calculées

Notre Dad’ aurait eu 87 ans hier.
Quatre ans que cette date passe sans lui, ça compte.

Aujourd’hui ma Môman a eu 80 ans, ça commence à compter.

Oui, deux anniversaires qui se suivent ainsi à un jour près dans un couple, c’est original.
Août chez nous compte plusieurs anniversaires.

À partir d’aujourd’hui et jusqu’en juin ma Môman et moi n’aurons plus pile poil ce nombre rond d’écart dans l’énoncé de nos âges. Cet écart qui compte tant.
Toujours ça de gagné. Pour moi.

Les mois s’écoulent et comptent.
Les années passent et comptent.
L’âge compte aussi.

Forcément.
Mais non, va, l’âge c’est juste dans la tête.
Tu parles. On a l’âge de ses artères.
Pour ce qui est du cœur, il semblerait qu’il n’ait pas d’âge, lui.
C’est ça, c’est ça… à cœur vaillant rien n’est impossible, à cœur fatigué tout est compté.

Cœurs fatigués, corps fatigués.
Mais c’est une autre histoire, toute mon histoire en fait.
Non mais, sans rigoler, tu te rends compte un peu de l’âge que je vais avoir, moi, dans cette histoire ?

C’est ainsi, c’est la vie, disait Guillemette qui comptait tout autant.

Le temps, les ans, les mois, l’émoi, l’effroi, les chiffres et moi, et moi.
Et moi je compte et je recompte sur mes doigts.
Certains matins j’ai mal au crâne d’avoir compté et recompté dans ma tête.

Ai-je compté pour eux qui comptaient tant ?
Il y a le temps qui compte et moi qui ne compte pas.

Je ne sais pas compter, je ne sais pas pourquoi je n’y arrive pas.

Je ne sais compter que sur mes dix doigts, mais je peux toujours conter.
Raconter sur tous les tons, raconter sur tous les toits.
Le crier sur tous les doigts.
Au risque de me faire taper dessus. Je parle des doigts, ça suffira, ça fait assez mal comme ça.

Des contes et des comptines.
Ah, ne me demandez pas pourquoi chacun s’écrit à sa façon, c’est ainsi. Le français est ma langue de cœur qui a ses raisons que la raison ignore !

Grattouillis délicieux sur les veines du poignet :
« Sur ce petit chemin, passe un petit lapin. »

On se saisit ensuite, l’un après l’autre, de chacun des doigts que l’on secoue en clamant ce qu’il fait, jusqu’au petit doigt que l’on replie vers l’intérieur de la paume de la main en lui faisant effectuer le geste indiqué dans la comptine :
« Mon premier part à la chasse ! »
« Mon deuxième voit le lapin. »
« Mon troisième le tue. »
« Mon quatrième le maaaaaange ! »  *
« Et le petit Quinquin ? Il ne lui reste rien, alors il lèche l’assiette, il lèche l’assiette, il lèche l’assiette. »

Et l’on peut recommencer avec l’autre main, c’est toujours raconter en comptant et le temps passe ainsi sans compter.

 


* On notera tout de même que l’histoire ne précise pas qui le saigne, le dépiaute, le vide, le démembre, le fait mariner puis le cuit, ce pauvre lapin qu’un chasseur s’en vint tuer de bon matin. Ni qui prépare la sauce.
C’est ce qu’il y a d’agaçant, dans ces contes racontés à la va-vite, c’est cette quantité de détails pratiques qui passent à l’as.
Et pourtant, ça compte !
Mais non, on dirait bien que ça ne compte pas.
Enfin, pas pour tout le monde.

 

 

[Credit images : L.C.S.]

 

 

2 réflexions sur “Ombres portées, comptées et calculées

  1. Chez nous , il y a aussi des anniversaires au mois d’Août , des joyeux et des tristes . Notre mère a cumulé les deux : le jour de son 75 anniversaire toute la famille et les amis étaient réunis à l’église pour lui dire au-revoir . Elle était doté d’ un grand sens de l’humour , c’était il y a 11 ans . Comme le temps passe !

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