En un mot comme en cent

Aujourd’hui c’est la rentrée des classes.
Tous à leurs affaires sont très affairés.
Tranches de vies familiales que jamais l’on n’oublie.
Ah oui, attention aux oublis !
Oubli d’enfant, ça s’est vu.
Oubli d’affaires, ni fait ni à faire, oubli d’à faire.
Oublier tous ses devoirs…  devoir, vouloir, falloir, pouvoir.
Oublier de respirer, ça comprime, ça comprime et hop, ça opprime.
Oublier de vivre peut-être aussi.

L’année dernière ou la précédente, je ne sais plus laquelle et qu’importe, à pareille époque j’étais pour une fois – ô miracle – sortie tôt de l’agence : je filais, vite, vite, attraper un train de fin d’après-midi, pour changer des soirées.

17h15, sortie du métro Europe.
Je repère une toute jeune maman qui fait face à trois petits blondinets en blouse bordeaux estampillée du très distingué Cours Hattemer.
À eux trois ils ont à peine douze ans.
Elle est évidemment leur maman, les ressemblances et puis son look branché-mais-classe attestent qu’il ne peut s’agir de la « jeune fille ».
On croirait une planche des Triplés : ils ont cette allure bien élevée, convenable, bon chic bon genre assurément. 

21415058_10213836137278788_7870705691194626972_o

Contrariée, elle l’est visiblement, cette maman.
Le ton monte dans les aigus, la voilà indignée qui bégaie d’exaspération :

— Bon, bbbon, très bien, d’accord, alors on y va, on y retourne, mais vous savez…  vous savez… vous me… vous me caaassez les pieds, il n’y a pas d’autres mots !!

Son blond trio la dévisage d’un regard triplement consterné.
Mais que s’est-il passé ? Un cartable oublié ? Un cahier égaré ?
Le sourcil froncé, le cheveu lissé presque en bataille, elle est au bord des larmes.
Et les mots se bousculent, elle les retient, elle les ravale, pas question de les laisser s’échapper comme autant d’enfants indisciplinés qu’on ne surveillerait pas.
Je sens qu’elle prend sur elle, déjà toute fluette.

Et moi, qui n’ai strictement rien à voir dans leur histoire – d’histoire j’ai déjà la mienne, toute une histoire en fait – à les regarder en passant, vite, vite, toujours vite, je m’alarme à l’oeil.

Ils lui cassent les pieds, il n’y a pas d’autre mots ?
Et pourtant, en un mot comme en cent expressions imagées, il y avait tant à dire.
Qui puisse à ces enfants donner confiance en eux, plutôt que de sans cesse craindre d’à tout leur entourage encore et toujours casser les pieds d’avoir, oh certainement, quelque chose oublié.
À cloche pied, passant de l’un à l’autre sans savoir sur lequel danser, redouter d’en avoir trop fait, trop fait ou pas assez, ça n’est jamais assez.
Et, tout bien considéré, pesé, estimé, se laisser persuader qu’on ne sait qu’importuner.

Un souvenir fugace me revient d’un temps où il arrivait, il arrivait parfois que mes enfants à moi, mes trésors adorés, il arrivait qu’ils me fissent, oui, mes trois fils chéris, qu’ils me fissent ch… aque fois la même chose.
Des cris et des hurlements, ils m’auront entendue en pousser !
Je n’ai pas l’impression qu’eux en aient été si marqués

Et je sèche ma larme, ne lâchons pas les digues, pas de carambolage au passage clouté, je passe mon chemin, vite, vite, aussi vite que passent les ans dans une vie de maman.
Ceux que l’on n’oublie pas.

40683970_10156634630849522_3843807176560738304_n

Merci à mon amie M.L. pour cette photo qui tombe à pic et pique et colégram.

 

 

[Credit image : Pixabay]

 

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s