Vous m’en mettrez six paires

De l’ingénuité…

Ce matin sur le marché, à l’étal des fruits et légumes, je désigne un cageot de belles prunes violettes et demande un kilo de quetsches.

— Ah non, c’est fini les quetsches, dit la maraîchère qui est une marrante. Ça, c’est de la prune, euh, de la prune de monsieur.

Et moi, moi qui ne connais pas cette appellation sinon ça n’aurait pas été drôle, avec cette spontanéité irréfléchie que l’on qualifie souvent de naïveté rafraîchissante (ce qui a le don de me m’exaspérer : je ne suis pas un smoothie), oui, cette spontanéité, comment l’appeler autrement sinon par un autre terme commençant par la même lettre et se terminant par la même sonorité ? Mais c’est une autre histoire, toute mon histoire en fait….  avec cette foutue spontanéité, donc, qui me caractérise beaucoup trop souvent, je crois, me voilà qui m’exclame :

— Des prunes de monsieur ? Bah, qu’est-ce que c’est que ça, des prunes de monsieur ?

Toute la queue, si je puis dire, commence à se gondoler et la maraîchère n’est pas en reste.
C’est bon, j’ai compris.
Et pour me joindre à la liesse générale, du coup je claironne :

— Eh bien, vous m’en mettrez six paires !!

Éclat de rire général…
Ah mais c’est qu’on rigole bien sur le marché, le samedi matin.

De retour à la maison, je sors les prunes du sachet, et je m’esclaffe.
La marchande de primeurs, cette coquine, les a fort bien choisies !

Photo : Laure Chevalier Sommervogel

 

[Credit photo de couverture : Pixabay]

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