Aimez-vous les dimanches ?

Aimez-vous les dimanches ?

Le dimanche pour moi sonne le glas du week-end. Ce jour-là, à un moment ou à un autre mais le plus souvent en toute fin d’après-midi je ressens un pincement au cœur, oh, très rapide, ça ne dure pas longtemps, une sensation brève mais précise, stress et tristesse enlacés qui remontent à l’époque où Guillemette et moi repartions en pension pour toute la semaine.

Le dimanche soir, si nous étions à Paris, nous avions rendez-vous au pont de Neuilly où un car attendait sa cargaison de pensionnaires, chacune munie de sa lourde valise. Les bagages à roulettes n’existaient pas encore à cette époque, or nos affaires de classe, les bouquins, les petits magnétophones Philips et les cassettes, les habits, le linge de la semaine, enfin quoi notre barda de filles, tout cela pesait un âne mort.
Certaines emportaient même des provisions à grignoter pour se consoler ou se démarquer des autres, plus rarement à partager et, quand cela arrivait, survenaient immanquablement des complications à n’en plus finir, des préférences, des exclusions, des rancœurs et des bouderies. Ou du chagrin, aussi bête cela puisse-t-il paraître… ah mais l’ambiance n’était pas toujours des plus bienveillantes entre collégiennes, pensionnaires qui plus est ! À part les classiques petits gâteaux, bonbecs ou pots de Nutella, j’ai le souvenir de ces fruits exotiques inconnus à la maison : des grenades dont la propriétaire concédait parcimonieusement quelques grains à ses seules amies et il apparut que j’en fus… parfois. Je rigole en me rappelant ce détail : c’est en pension, dans ces occasions de vespérales orgies gustatives, que j’ai découvert l’existence de la cancoillotte. 

Que de souvenirs liés à ces années pensionJe changeais d’univers dans des proportions que mes parents n’avaient sans doute pas imaginées et certainement pas souhaitées. Mais c’est une autre histoire, toute mon histoire en fait ; une quantité d’anecdotes aussi, j’en raconterai quelques-unes.

Si nous avions passé le week-end à Lannemartin, c’est Papa qui en voiture le lundi matin nous conduisait dans notre institution de jeunes filles – de bonnes familles, cui-cui, cui-cui. Dès le dimanche soir venu, c’était la première de nous deux à y penser qui l’aurait. Je parle de la place ; notre père, lui, nous était tout acquis :
— Demain matin, c’est moi qui monte devant !
Car il y avait un prestige évident à « monter devant » quand Maman n’occupait pas la place. Celle-ci, me semblait-il, aurait automatiquement dû m’être réservée en tant qu’aînée, mais ça n’était pas le cas. Guillemette avait fait valoir ses droits et n’avait pas eu tort puisque Papa avait décrété que nous étions priées de ne pas l’ennuyer avec nos « jalousies de fifilles » : à nous de nous débrouiller entre nous.
N’empêche, quand Guillemette y pensait avant moi, j’étais vexée comme un pou.

Souvent je le raconte à la jeune génération qui n’en revient pas : lorsque j’étais petite, du plus loin que je me souvienne, dès que Maman a eu sa première voiture – une 4L bordeaux aux portes imprimées d’un cannage noir –  je montais devant, sans ceinture de sécurité. Très régulièrement elle me demandait de prendre dans son sac une cigarette pour la lui allumer, ce que je faisais sans rechigner. Personne n’aurait rien trouvé à redire à cela. Mes petites sœurs voyageaient à l’arrière, sans ceinture de sécurité non plus… Les sièges-auto pour bébés et rehausseurs ne sont entrés dans nos vies et dans les voitures de nos parents que pour nos enfants à nous.
Et encore, ils les oubliaient une fois sur deux – les sièges-auto, pas leurs petits-enfants !

Mais c’est une autre histoire, toute notre histoire en fait.
Revenons-en au spleen du dimanche soir.

La période pension n’a jamais duré que trois années dans ma vie de jeune adolescente, pourtant cela m’a pesé puisque, aujourd’hui encore, à cette pensée m’envahit cette brève sensation de stress et d’appréhension.
Puis, comme au sortir d’un mauvais rêve on reprend pied avec la réalité, je m’ébroue et je me dis mais non voyons tout ça c’est du passé !

[Crédit photo : « Échappées belles si je veux »]

Une réflexion sur “Aimez-vous les dimanches ?

  1. Mais oui c’est du passé ! maintenant t’es une grande fille ! 😉 je n’ai pas connu la pension mais ma petite soeur y est allée après la troisième , elle en garde de super souvenirs .
    Le seul souvenir que j’ai ,c’est qu’un soir je devais avoir 6 ou 7 ans , j’avais dû faire une bêtise de plus , j’ai oublié laquelle . Ma mère a fait semblant de me préparer une valise et a dit à mon père de m’emmener en pension . Il s’est contenté de me balader pour aller acheter un paquet de cigarettes et m’a ramenée à la maison . J’étais très déçue de rentrer …. Quand on est gosse , on ferait bien n’importe quoi pour embêter ses parents ! 😉
    Bizzz

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