Souvenir ou stimulus ?

Souvenir ou stimulus ?

Comme un écho lointain et pourtant si présent…

Il y a maintenant quelques années déjà – mais les années, je ne les compte plus, cela ne m’avance pas – une nuit il s’est mis à pleuvoir.
Doucement puis plus vite les gouttes sonnaient comme des notes de musique sur le carreau de la fenêtre.

Ce bruit-là, si caractéristique, me renvoie toujours à notre enfance.

À cette époque, toutes les deux étions installées dans le grenier de la maison de Lannemartin. Souvent elle venait dans mon lit. C’était, pour ma « chambre de petite jeune fille » ainsi que l’appelait Maman, un « lit de grand-mère », et nous nous amusions du contraste. Un lit large, pas autant que ceux prévus pour accueillir deux grandes personnes… mais pour deux petites personnes, c’était parfait. Un lit à barreaux de fer forgé. Nos parents l’avaient chiné chez un brocanteur, en bon état mais un peu rouillé (le lit, bien sûr – le brocanteur, lui, je ne l’avais pas vu). Nous l’avions repeint un été, barreaux en blanc et boules en vert amande et rose pour rappeler le papier peint tout nouvellement posé dans ma chambre. Je crois bien d’ailleurs que c’est cet été-là que dans la foulée nous avons rénové la grille blanche, devant la maison, également de fer forgé mais des barreaux bien plus épais. Je me rappelle les différents types de pinceaux que nous utilisions, la peinture longuement brassée à l’aide d’un bâton puis versée du gros pot dans des verres de cuisine plus adaptés à la taille de nos mains, sa texture souple, le mouvement de balayage rapide du pinceau de droite et de gauche sur chaque barreau, les fines stries produites qui se combleraient quand la peinture sècherait – mais gare aux gouttes – et puis l’odeur, doucereuse, de la peinture, agressive, de la térébenthine.

Dans mon lit de grand-mère, nous pouvions papoter, nous raconter nos blagues et nos secrets et rigoler, rigoler tellement, fous-rires enfouis au creux de l’oreiller. Et puis nous tenir chaud l’hiver. Nous dormions dos contre dos, les fesses et les plante des pieds bien calées les unes contre les autres. Une position confortable, tendresse et confiance partagées. C’était rassurant aussi quand l’orage menaçait, à l’extérieur ou bien en bas, à l’étage des parents. Mais c’est une autre histoire, toute notre histoire en fait.

Nous l’adorions, cette chansonnette des gouttes de pluie rythmées par la force et le sens du vent. Nos chambres avaient pour fenêtres des vasistas placés de part et d’autre sur le toit, les vitres formaient comme la peau d’un tambour, la pièce faisait caisse de résonance : on ne l’en appréciait que mieux.

Alors, cette nuit-là, le petit bruit joyeux des gouttes de pluie pressées rebondissant sur le carreau tout de suite m’a fait penser à elle.
À ce moment précis, et c’était bien plus qu’un souvenir, beaucoup plus fort qu’un écho, au creux de mon oreille j’ai perçu sa voix d’enfant ravie me chuchotant :

— T’entends ?

Très souvent, depuis, dans des circonstances différentes, je continue à l’entendre, sa voix. C’est comme un charme qui m’enchante. Et si c’est un acouphène, qu’il revienne souvent !

[Crédit photo : Pixabay]

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