Un carreau de trèfle pour piquer le cœur

Un carreau de trèfle pour piquer le cœur

Il y a deux ans, en décembre 2017, nous fermions définitivement la maison de mes parents.

Entrée dans la famille il y a un peu plus de cinquante ans, elle nous vit grandir toutes les quatre, avec l’arrivée successive de mes deux plus jeunes sœurs. Bien qu’elle fût située au cœur d’un tout petit village qui allait lui aussi prendre de l’ampleur au fil des ans, mes parents la considéraient comme une maison de campagne. Elle fut alternativement résidence secondaire ou principale selon les époques de vie familiale.

Théâtre de nombreuses fêtes mémorables, toujours elle resta un point de ralliement évident, pour mes parents, leurs amis, la famille élargie, pour nous bien sûr, leurs quatre filles, puis pour nos enfants, heureux de souvent s’y retrouver entre cousins-cousines. Un point de ralliement chargé de souvenirs – les drôles et puis les tristes – ceux qui importent, ceux qui construisent et font progresser. Mais c’est une autre histoire, toute notre histoire en fait.

Cette photo est le dernier des tout derniers coups d’œil, je l’ai prise presqu’à l’arrache depuis le trèfle ornant le volet de la lucarne du grenier. Cette lucarne, munie du crochet antique qui permettait autrefois de hisser les ballots au second étage, jamais ne connut de fenêtre vitrée mais un simple carreau de verre ancien fixé sur l’ouverture pour en limiter les courants d’air. Une ouverture dont le dessin enchantait not’ Dad’ – « Dites, les filles, un carreau de trèfle, ça ne vous pique pas le coeur ? » plaisantait ce féru de bridge qui de tout se riait.

Le verre empli de bulles et d’imperfections, couvert d’une épaisse couche de poussière, ne laissait passer qu’une lumière tamisée. Ainsi la pièce palière qui distribuait de part et d’autre nos deux chambres était-elle toujours, même par grand beau temps, plongée dans une quiète pénombre à laquelle nous étions habituées.

La cloche – celle de l’église – je l’entends toujours dans mon coeur qui bat comme le pouls de mon cou. Avec une rassurante régularité, elle égrenait les heures et les demi-heures du temps qui passait et rythmait au creux de la nuit notre sommeil d’enfants.

Par la suite cette cloche ne sonna plus les heures nocturnes, les voisins s’en étaient plaints. Ceux qui avaient le sommeil léger.

C’est ainsi.

Tourne la page, tourne, et continue l’histoire…

[Crédit photo : Laure Chevalier Sommervogel]

Une réflexion sur “Un carreau de trèfle pour piquer le cœur

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s