La simplissime expérience de l’absolu

La simplissime expérience de l’absolu

J’ai à vous narrer* une expérience des plus particulières, une expérience très similaire par certains points à celles que j’ai pu lire ici ou là. Là surtout. Similaire et pourtant extrêmement différente. Tellement personnelle. Absolument.

Je précise que jusqu’ici je ne m’en suis encore ouverte à personne. C’est trop, comment dirais-je, trop… trop sensationnel. Absolument.

Je parle assez facilement de moi et de ce que je ressens, de mes sentiments, de mes émotions, de mes engouements ; il n’est pas nécessaire de beaucoup m’y inciter ni de me pousser dans mes retranchements – de toute façon j’ai bien trop horreur que l’on me bouscule. Mais là, là, comment vous dire ? C’est du domaine de l’indicible. Je ne saurais décrire cela comme d’autres ont pu s’y essayer car les mots humains manquent. Enfin… si certains y sont parvenus, cela me paraît pour ma part relever de l’inconcevable ; je tenterai pourtant de m’y attacher. Absolument.

Mais venons-y.

J’étais en pleine nature, assise devant un paysage si magnifique qu’il en paraissait précisément surnaturel, un paysage sortant à ce point de l’ordinaire que je ne crois pas possible de trouver les termes adéquats pour en parler – il est d’ailleurs utile de chercher à le décrire, là n’est pas le but de ce très modeste essai. Absolument.

Je me laissais gagner, que dis-je, pénétrer, envahir par les énergies montantes, descendantes, transcendantes, parallèlisantes et transperçantes. Perpendicularisantes aussi. Toute l’énergie ambiante convergeait vers moi. Je m’en trouvai emplie à un point que je me sentais rayonner. Je rayonnais, en ce sens ce que je percevais via chaque pore de ma peau l’irradiation d’une sorte de bonheur intérieur, de plénitude qu’ainsi j’extériorisais. J’emploie ici la première personne du singulier car, singulier ça l’était. Absolument.

Pourtant, plusieurs dans ma tête nous l’étions, comme à mon habitude. Mais mes autres vibraient de concert à cette singulière sérénité se diffusant par ondes pulsatiles. Intériorité, extériorité. Respiration ? Ce mot si pauvre en soi ne saurait correspondre à cette particulière perception. Absolument.

C’était indescriptible, beaucoup plus intense que de simples sensations, différent surtout. C’était d’une essence supérieure, infiniment supérieure. Une évidence. Une communion sans revers de médaille avec le tout qui m’environnait. Absolument.

Je me concentrais sur la montée de ces… appelons-les sensations, je ne saurais les nommer autrement… sur ce rayonnement interne qui baignait chaque cellule de mon être – à ce stade il n’est plus question de corps, disons alors enveloppe corporelle. Et soudain, soudain, j’ai entendu par une écoute intérieure d’une acuité toute nouvelle pour moi, j’ai entendu, écouté et connu qu’un processus se déclenchait en moi. Absolument.

Tous mes chakras se sont ajustés en un très doux froissement intérieur, un bruissement intime qu’il m’est impossible de traduire, les mots sont si limitants. C’était d’une très grande précision, un alignement parfait, sans aucun doute les prémices de ce qui a suivi. Absolument.

Car alors s’est produit l’inouï.

Du sommet de mon crâne – sans déranger le moins du monde la masse harmonieuse de mes bouclettes (mes bouclettes sont naturelles, je crois l’avoir déjà mentionné, mais pardon, je diverge) – du point le plus haut de mon crâne a jailli, eh bien je dois admettre que cela ressemblait beaucoup à un arc-en-ciel, un arc-en-ciel d’une luminosité à nulle autre pareille. Je voyais parfaitement tout cela et pouvais l’analyser en même temps que je le ressentais car j’étais également perchée, mais alors là complètement, perchée disais-je, sur une branche de l’arbre au tronc duquel j’étais adossée, et de là je contemplais l’extraordinaire : moi, petite humaine assise au sol, couronnée du jaillissement de cet arc-en-ciel éblouissant qui, peu à peu, et c’était exquis, s’est mué en une calme tornade cristalline qui, dans un silence tonitruant, s’est élevée, élevée, élevée, jusqu’à rejoindre l’azur infini. Absolument.

Et moi, moi j’étais à la fois en son centre, en plein dans l’oeil, sur ma branche perchée et assise au sol. J’étais. Toute autre expression serait réductrice. J’étais. En toute simplicité. Absolument.

J’ai communié avec l’univers, traversé des galaxies, tutoyé le cosmos. Absolument.

L’expérience était ineffable.

Elle m’a laissé un goût de trop peu. Je me suis dit que la fois suivante j’allais faire encore mieux. Exigence personnelle ? Amour du dépassement de soi ? Attirance pour les limites extrêmes ? Comment qualifier ce qui m’anime quand c’est du ressort d’une telle exceptionnalitude – vous dites ? … exception ? …ah. Certes, je me laisse emporter par mon enthousiasme narratif. Et, pour en revenir à la continualité de l’expérience – sa continuité, entendu – je dois à la vérité toute nue d’avouer ici que j’y suis parvenue. Absolument.

J’eus aimé toutefois que les confidences de ces expériences renouvelées restassent entre nous et qu’elles se tassassent. Ainsi je compte sur votre discrétion. La plus… voilà : absolue. Absolument.

Je vous laisse, je me dois sans plus tarder d’y retournationner. Oui, je persiste et je signe : il s’agit d’un retour à ce niveau de perception hors du commun suivi d’un stationnement dans un état de connivence modifiée dont je peux moduler la durée. Mais oui, enfin quoi… absolument !

Il en est, je le sais, qui tout de suite vont me demander ce que j’avais pris. Mais voyons, moi j’avais juste pris le parti de rigoler. Absolument…

–—-

* Vous narrer et me marrer, faut-il le préciser ?

[Crédit photo : DR]

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