Se rattraper aux branches

Se rattraper aux branches

Bon, c’est vrai, je le reconnais, je ne suis pas violemment sportive. Pas le temps, pas le courage, grosse flemme, enfin quoi tout plein de fausses bonnes excuses. Pour compenser et depuis toujours, je crois bien, tous les jours je travaille la haute voltige…

Je me rattrape aux branches.

Pourquoi ? Oh, ça s’explique facilement. Je ne comprends jamais du premier coup ou si rarement. Enfin, il serait plus juste de dire que je ne suis jamais absolument sûre d’avoir véritablement compris. Il me faut donc à toute vitesse analyser ce que j’ai entendu, ce que j’en ai déduit et tenter de m’assurer que je ne me trompe pas dans ce cheminement éclair et pourtant difficultueux. Or c’est bien là le plus compliqué. Je ne peux pas systématiquement, comme je le voudrais nonobstant, poser les questions qui me permettraient de clarifier et d’étayer ma réflexion. Je le fais pourtant très souvent.

De ce fait, je note que globalement les gens à qui j’ai affaire se divisent en deux catégories très distinctes : ceux qui ne supportent pas qu’on leur demande des précisions, qui tendront à trouver idiote la personne qui les interroge (grrr !) ; et d’autres que cela ne gêne pas, qui considèrent même ces demandes comme parfaitement normales voire intelligentes (yeah !), et qui vont donc volontiers reformuler, préciser ou développer si cela s’y prête.

C’est étonnant, vous savez, mais c’est comme ça. Très nombreux sont ceux qui ne supportent pas qu’on les questionne. Ils le font comprendre d’un coup d’oeil agacé, haussement de sourcil irrité ou soupir exaspéré, quand ils ne font pas carrément abstraction de la demande d’information. Ignorer l’autre, c’est au fond une attitude, une posture, beaucoup plus courantes qu’on ne pourrait le croire. Très surprenant, vous dis-je. En tout cas, moi ça me sidère.

Alors j’écoute, je tends mon attention, je note ce qui se décide, je prends le train en marche quand je n’étais pas présente lorsque tel ou tel point a été discuté, et je fais de mon mieux pour suivre. Oh oui, je fais de mon mieux, même si parfois… parfois, je voudrais tout laisser tomber. Et moi avec.

Mais non. Je me rattrape aux branches. Et parfois même je m’y raccroche.

Et les gaffes ! Oui, parlons-en, des gaffes. C’est très simple : s’il se trouve un truc à ne pas dire, vous pouvez vous attendre à ce que je l’ouvre tout grand – la bouche ou le clavier, il n’est pas question de la fenêtre – pour faire une remarque qui va tomber à plat ou même être perçue comme désobligeante, ce qui à mon sens est plus ennuyeux. Si je le faisais exprès, on pourrait penser que je ne suis qu’une garce… Mais le plus souvent c’est parce que je n’imagine pas un instant que ce que je dis va être mal pris. Ainsi je donne parfois l’impression d’être bête à manger du foin. Cela me désole. Je suis tout simplement beaucoup trop franche et bien trop spontanée.

Il m’en est arrivé ainsi des vertes et des pas mûres, pendant tout le long temps de mon enfance, de mon adolescence et puis dans tellement d’autres circonstances. Mais ce sont d’autres histoires, toute mes histoires en fait. Je les raconterai. Un jour peut-être. Et pour faire des histoires, cela en a fait – des histoires, que dis-je, des drames parfois. Il s’agit alors de rattraper le coup, pour autant que ce soit possible, et là encore de se raccrocher aux branches… qui parfois cèdent sous mon poids. Je me ramasse alors, et pas toujours en beauté. 

Ah ça, n’allez pas croire ! L’exercice est fatigant, sur le plan physique, intellectuel tout autant, émotionnel évidemment, et je dépense mon lot de calories… ce qui ne m’allège pas pour autant.

Depuis le temps, me direz-vous, je devrais m’y être habituée ? Mais non, l’épreuve toujours se renouvelle. Je transpire, je peste, c’est difficile, il faut lutter, faire preuve d’opiniâtreté, essayer de ne pas se décourager. Mais quelle satisfaction aussi d’y arriver, quel dépassement de soi !! Ah oui, je vous l’affirme, se rattraper aux branches, c’est tout un art et une réelle forme de sport.

Et puis… tant qu’ il y aura des branches, la nature viendra à notre secours en nous les tendant – pouvoir de la pensée !

[Crédit photos : Laure Chevalier Sommervogel]

2 réflexions sur “Se rattraper aux branches

  1. Rien de surprenant, finalement. Et quand ceux dont on attend beaucoup, dès tout petit, ne répondent pas, pour des raisons diverses et variées, souvent énoncées vaguement par un tiers (… du travail, trop occupé, pas le moment, etc.), aux questions, intelligentes ou pas, que vous vous posez ….alors, à la fin, vous changez d’interlocuteur .. quelqu’un qui ne s’étonnera pas de vos questions et aura toujours un moment pour vous répondre … Ca peut être quelqu’un de très bien, tant mieux, ou quelqu’un plein d’idées derrière la tête pour vous emmener …. Une branche, là, robuste et solide ou d’apparence fiable, mais qui, mangée en fait de l’intérieur par divers parasites du bois, se cassera ou se brisera tôt ou tard et vous avec …! A mon avis, les arbres bien nés et dotés d’une forte structure laisseront toujours assez d’espace pour vous permettre de vous agripper dans ses branches, jusqu’à la cime, sans jamais vous laisser choir et vous verrez le monde, du haut de cette cime, avec bonheur et confiance … Je me suis égaré, peut-être, mais bon … !! Toute …. 😉

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