Les prières font bourdonner les abbayes

Les prières font bourdonner les abbayes

J’ai su lire très jeune et dans la foulée je déchiffrais tout ce qui me tombait sous les yeux. Des modes d’emploi aux notices pharmaceutiques en passant par les magazines et bandes dessinées de mes jeunes oncles et tantes, et bien sûr les livres – pour enfants ou non, mais c’est une autre histoire, toute mon histoire en fait – des bibliothèques familiales ; ceux aussi que par cartons entiers une de ses cousines, que Maman appelait Thésette Carpette et je trouvais ce surnom tordant, apportait à la maison quand elle faisait du tri dans la sienne. Sans oublier, dehors, les panneaux de circulation, le libellé des affiches, les noms de rues ou de magasins… j’en passe et des meilleures…

C’est bien, la lecture, ça apprend plein de trucs sur tout un tas de choses. Et puis ça donne du vocabulaire !

Un jour, à table lors d’une réunion de famille chez mes aïeux, les grandes personnes se sont mises à discuter de congrégations et de religieux. Alors moi j’ai trouvé judicieux, pour participer et parce qu’il fallait toujours que j’aie mon mot à dire, de préciser sentencieusement, en plein dans un blanc de la conversation, que les moines habitaient dans des monastères ou dans des abbayes.
Oui, des abbayes.

Tous m’ont regardée avec des yeux ronds – et moi, j’étais assez contente de mon petit effet – avant d’éclater d’un rire aussi unanime que tonitruant, comme souvent à mon sujet ou à mes propos.

J’avais dit « abaille ». Oui, « abaille ».

Un de mes oncles, je ne sais même plus lequel, tout en se gondolant m’a reprise comme on s’adresse à un bébé qui articule mal : « M’enfin voyons, Laure, on dit A-B-I… ! »

J’en étais comme deux ronds de flan. Mais comment, oui comment aurais-je pu savoir que ça ne se prononçait pas comme ça s’écrivait ? Ce n’est pas un mot qu’on entend tous les jours non plus !

J’étais vexée, mais vexée… comme un pou ! Enfin, comme une abeille plutôt : j’en avais la cervelle qui bourdonnait de honte et de gêne à l’écho de leur esclaffades.
J’avais huit ans et je détestais déjà que l’on se moque de moi…

Légende de la photo : A-B-I Notre-Dame de Sénanque à Gordes, diocèse d’Avignon, Vaucluse, France – non mais !

2 réflexions sur “Les prières font bourdonner les abbayes

  1. Chère Laure,

    J’ai su aussi lire très tôt, je crois, mais, à la maison, il me semble que nous n’avions pas notre mot à dire …

    Alors … !!! En tout cas, on peut dire que les « grandes personnes » de l’époque se pensaient très supérieurs à leurs enfants, si pas même à tous les enfants … Ces « rires » !!!! Wouah !!!

    A propos, au début de ton texte, ce ne serait pas plutôt « …rapidement déchiffrer … » ?

    Amitiés

    Philippe

    Aimé par 1 personne

    • Merci mon cher Philippe,
      Je ne sais pas si nous avions notre mot à dire dans ma famille mais en tout cas moi je le disais !
      J’ai écrit : « j’ai su lire très jeune et rapidement déchiffré tout ce qui… », « déchiffré » en participe passé comme « su ». Mais, tu as raison, cela prête à confusion. Je vais remplacer « et déchiffré » par « et dans la foulée je déchiffrais tout… ».
      Merci beaucoup pour cette remarque utile !
      Amitiés 😊

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