Modus operandi générationnel

Modus operandi générationnel

Échange téléphonique qui remonte à… oh, à bien longtemps déjà, nos situations respectives ayant beaucoup changé depuis.

Ma Môman, 77 ans, à qui je viens de proposer une sortie impromptue :

— Aller au cinéma ce soir avec toi, ma chérie ? Mais écoute, volontiers, très -très volontiers, même ! En voilà une proposition sympathiiiiique, je suis ravie. Mais, dis-moi, dis-moi, ton mari risque peut-être de ne pas être très content que sa petite femme ne soit pas là pour lui servir son dîner ?

Moi (… la petite femme, donc – c’est nouveau, ça, comme appellation), littéralement interloquée :

— Mais enfin, Maman, je ne « sers » pas son dîner à mon namoureux, voyons !

— Ah oui, pardon-pardon, j’oubliais. C’est vrai que dans les couples modernes, de nos jours, chacun dîne de son côté.

Passée la première réaction d’hilarité devant cette incongruité – nous, un couple moderne… hahahaha – je me rappelle que tout est relatif et je rétorque :

— Mais enfin, Maman, pas davantage. Pourquoi passer d’un extrême à l’autre ? Évidemment, notre modus operandi doit te paraître extraordinaire. Figure-toi que nous nous répartissons le boulot aussi intelligemment que possible. Enfin, on essaie. Et, ça tombe assez bien, sur nous deux il y en a toujours un que ça n’ennuie pas trop de faire ce qui barbe l’autre. Ça doit te paraître terriblement surprenant, mais imagine un peu : nous préparons le dîner, ensemble, puis nous dînons, ensemble. Et très souvent, nous rangeons ensemble, ce qui, je te l’accorde, n’a rien de passionnant en soi mais permet de terminer plus vite. Du coup ça nous laisse plus de temps pour faire, ensemble, ou séparément d’ailleurs, ce qui nous intéresse davantage. Par exemple, lui va plutôt s’occuper des courses et moi gérer le linge…

Silence au bout du fil. Ma Môman doit se demander si Papa aurait pu se débrouiller pour faire les courses de la maisonnée. Je poursuis sur ma lancée (pour une fois que je peux en placer une) :

— Mais, dis donc Maman, tu pensais peut-être qu’en rentrant du bureau mon namoureux se carre dans un fauteuil pour lire son journal pendant que « sa petite femme » s’affaire aux fourneaux ? Et sinon, dans la journée, à ton avis, je fais quoi, moi ? Je me vernis les ongles et je cours les expositions ? Eh bien non, pas exactement !

Fumasse, je l’avoue, j’étais assez fumasse.

Ma chère mère a un avis très arrêté et souvent définitif sur beaucoup de choses, doublé d’une tendance prononcée à se représenter la vie des autres à l’aune de ses propres repères.
Je reconnais toutefois à sa décharge qu’elle n’a jamais eu une idée très claire de mon activité professionnelle. Quant au télétravail, elle a encore plus de mal à imaginer la façon dont ça peut s’organiser. Forcément.

Je soupire en trouvant que tout ça manque un petit peu d’ouverture d’esprit, puis je rigole en me demandant comment je serai à son âge.

Oh… alors là… ce sera une autre histoire, toute mon histoire en fait.

 ~ Octobre 2016

 

[Credit image : Pixabay]

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