Les surnoms que l’on me donne

Les surnoms que l’on me donne

Dans la série des surnoms incongrus, c’est marrant, je l’avais complètement oublié et ça m’est revenu à la mémémoire il y a quelques jours au détour d’une question posée alors que je ne m’y attendais pas du tout : aviez-vous / avez-vous des surnoms ?
C’est très surprenant de remarquer, toujours, comme un souvenir peut en amener un autre. Ou en cacher plein d’autres, d’ailleurs.
Et quand on en attrape un, ça défile comme filent les idées.

Je passais beaucoup de temps dans la famille de ma Môman. Mes grands-parents étaient très amoureux, c’était une autre époque, enfin bref – si je puis dire – ils eurent douze enfants et, Maman faisant partie des aînés, j’arrivais comme la dernière. Au point que l’expression « treize à la douzaine », je l’ai longtemps crue inventée exprès pour moi. Mais c’est une autre histoire, toute mon histoire en fait.

À Neuilly, trois rues seulement nous séparaient et j’étais donc tout le temps fourrée chez eux. J’adorais, oh oui, j’adorais être avec mes grands à moi. À la maison je tenais mon rôle d’aînée ; dans ma famille maternelle j’étais choyée et considérée par tous comme « la petite ».

Eh bien pour me narguer, mes tout jeunes oncles et tantes m’appelaient Doudoune. Oui. Doudoune. Et moi j’avais horreur de ça, mais vraiment-vraiment horreur ! Vous savez pourquoi ? Parce que, quand j’étais petite – je ne parle pas de l’ancien temps non plus – les doudounes n’étaient pas ces tenues rembourrées que l’on porte aujourd’hui pendant les saisons froides ou bien aux sports d’hiver. Non, non, absolument pas. Les doudounes, c’étaient… ben, les poitrines, quoi.

Je ne suis pas sûre qu’on utilise encore ce mot de nos jours dans ce sens-là. En tout cas, dans ces années-là on disait facilement d’une nana, avec le geste approprié des mains qui ondulent de façon suggestive, qu’elle se trimbalait « de d’ces » doudounes carrément impressionnantes (… rondement, plutôt, non ? – ooooh, il est de ces expressions que jamais-jamais je ne comprendrai).

Seulement moi, justement, j’étais petite, je veux dire pas encore assez grande, alors des doudounes, c’est bien malin, je n’en avais pas, moi, pas du tout du tout du tout. Alors je ne voyais pas très bien pourquoi ils m’appelaient comme ça. Et quand je le leur demandais, ils rigolaient et me répondaient : « C’est parce qu’on t’aime, Doudoune, et qu’on aime encore plus te faire marcher parce qu’aussitôt tu galopes ! » Et moi, émoi, je comprenais encore moins parce que je cherchais sans le trouver le rapport entre des poitrines et un cheval-des chevaux qui galopent, et donc alors du coup voyons-voyons réfléchissons : qu’aimaient-ils le plus au fond, moi, ou m’appeler Doudoune, ou me faire marcher et même galoper ? Je ne savais pas, alors je me posais encore biiiiiien plus de questions dont je ne connaissais pas les réponses et c’était très-très agaçant de ne jamais-jamais être sûre de rien.

Enfin quand même, ils m’avaient dit qu’ils m’aimaient, alors tant pis s’ils m’appelaient Doudoune, moi j’aimais bien être avec eux, mes grands à moi. Alors je n’en parlais plus… mais je continuais à y réfléchir. Je n’ai jamais su d’où me venait ce drôle de surnom.

Ensuite, quand j’ai grandi, je me suis débrouillée pour me débrouiller chaque fois que j’avais besoin de me débrouiller, tout en me débrouillant.
En un mot.

On m’a alors appelée Laureganisationgénérale. Et ça a duré longtemps.
Ce sont mes petites sœurs qui ont trouvé ce jeu de mot approprié, quand à leur tour elles ont grandi. Il devait y avoir du vrai dans l’allusion car il est parfaitement exact que j’étais drôlement bien organisée. Et je peux vous dire que ça dépotait.
Mais ça, c’était avant.

Et maintenant ?
Oh, maintenant, j’oublie, je mélange, je confonds. Surtout ce qui est récent, c’est embêtant. Il faudrait mettre un peu d’ordre dans tout ça. Et me trouver un nouveau surnom qui colle bien
Évidemment, Lauredonnée serait pas mal, mais je crains que ce ne soit un peu ambitieux – et puis je ne suis pas à tout le monde non plus, il faut me conquérir, ah mais oui.

Allons, tout bien considéré, si l’on m’appelle Lauriginalélunique, je pense que je répondrai, même si ça rime avec lunatique.

Impossible de terminer ce papier sans vous narrer cette anecdote tordante, du temps où les familles disposaient encore d’un fixe. Je téléphone à une cousine, son fils de sept ans décroche et se présente impeccablement (nous apprenions cela à nos enfants à cette époque), je me présente à mon tour et lui demande de bien vouloir me passer sa maman. Il est certain que je n’ai pas un nom facile à retenir. Mais voilà que j’entends le petit Paul crier à travers l’appartement : « Maman ! Téléphone ! C’est Laure… euh… Laurethodontiste ! » Ah, j’en suis encore pliée de rire.

Ah oui, .

Mon beau-frère regardait les épreuves sportives à la télévision avec son fils de cinq ans et les athlètes avaient toutes des noms plus difficiles à prononcer les uns que les autres, avec des consonances slaves ou autres et mon neveu demandait à chaque fois à son père de répéter. Puis pour une, il ne moufte pas alors son père s’en étonne :

— Son nom à elle, tu ne me le demandes pas ?

— Ah bah non. Pour elle j’ai bien entendu : elle s’appelle Laure des Derniéjeuzolympiques.

[Crédit image : Pixabay]

2 réflexions sur “Les surnoms que l’on me donne

  1. J’adore ce côté mot valise..
    Lauraganisation et Lauredonnée….

    Pour moi, j’ai Marydiction..
    Maryoïne…
    Mais encore perspigarce, grenadine…
    Et d’autres et d’autres…. j’aime jouer à ça avec un ami.
    Merci pour ce souvenir!

    Aimé par 1 personne

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