Cape ou pas cape ?

Cape ou pas cape ?

Nous nous apprêtons à partir pour une soirée chez des amis. Il fait bon. Tout haut comme souvent, je (me) demande à la ronde :

— Je fais quoi, là ? Je prends ma cape ou non ?

Et mon benjamin préféré de me répondre…

Ah oui, je rappelle pour l’édification des foules que j’ai un aîné préféré, un cadet préféré et un benjamin préféré. Ce choix linguistique ô combien subtil s’est imposé à moi un jour où je réfléchissais à la meilleure façon de leur dire que je les adore, tous autant qu’ils sont. Oui, je pensais à ce genre de choses, souvent. Très souvent même. Et d’ailleurs j’y pense toujours. Mieux vaut le leur montrer que le leur dire, m’opposerez vous ? Certes, certes, mais je sais aussi par expérience que ce qui va sans dire va encore mieux en le disant. Oh la la, oui. Mais avec conviction, évidemment.

Un jour que je racontais cela à ma chère mère, dans un de ces élans de confiance que j’avais encore à l’époque, une tentative d’établir un semblant de complicité – parfois j’y parvenais, parfois j’échouais, impossible de le prévoir avec certitude –, elle a hoché la tête et esquissé un sourire. Moi, qui ne sens jamais que le vent est en train de tourner et que je risque fort de me le prendre debout, j’ai poursuivi sur ma lancée :

— Oh oui, ce doit être agréable de s’entendre dire ça ; que l’on soit enfant ou adulte, je pense.

Ma Môman a élargi son sourire et avancé :

— Ainsi tu aurais apprécié que je t’appelle ma fille aînée préférée ?

J’ai opiné du chef et répondu, avec trop de ferveur, sans doute, un enthousiasme excessif (Madame Toomuch vous salue bien…) :

— Ah oui ! Ça oui, ça m’aurait plu.

Me toisant alors et souriant toujours, ma mère a rétorqué :

— Eh bien, s’il n’y a que cela pour te faire plaisir, je peux encore le dire. Bien que je trouve cela du dernier ridicule…

Je n’avais pas perçu que son sourire était sarcastique. Avait-elle, de son côté, ressenti un reproche de ma part ? S’en défendait-elle ainsi ? Ce n’était pourtant pas ce que j’avais exprimé ; c’est de mes fils que je parlais. Faut-il préciser que jamais-jamais depuis je ne l’ai entendue prononcer ces mots-là ? Il est d’ailleurs vraisemblable que cela ne m’aurait pas enchantée, tout bien considéré. Enfin bref. Bref, bref, bref.

C’est typique, ça. Mes idées vont et viennent et tournoient, et voilà qu’elles me conduisent dans les sentiers sinueux de mes souvenirs pas joyeux, ceux que précisément je préfère éviter. Ah comme j’aimerais savoir mieux les canaliser, mes pensées, et n’emprunter jamais que les claires allées du grand domaine de ma mémémoire…

Vous pouvez rire sous cape si vous trouvez que je divague, je suis précise, n’allez pas croire… Je parlais de la réaction de mon benjamin préféré.

Lui, toujours logique et pragmatique, me répond du tac au tac et le plus sérieusement du monde, je veux dire sans même se moquer de moi :

— Si tu la prends, tu pourras toujours la retirer si tu as trop chaud ; alors que si tu ne la prends pas, tu ne pourras pas la mettre si tu as froid. Donc : prends-la.

Moi :

— …

Le bon sens incarné. Ah ça, j’en suis restée coite (hey, bien sûr que ça m’arrive !).

Il y a des situations de vie, comme celle-ci ou d’autres, tellement d’autres, dans lesquelles je me sens bête, mais bête…

~•~

PS : Écrire, c’est une chose. Ce n’est pas si difficile. Enfin, de mon point de vue. Mais alors, trouver l’illustration qui viendra soutenir mon texte s’avère parfois bien plus complexe. C’est ainsi.

Photo : Philippe Pottier – Jacky Mazel in tweed-suit by Lanvin Castillo, 1956

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