Se jouer des coudes levés

Se jouer des coudes levés

« Lever le coude est la meilleure façon de ne pas baisser les bras », qu’il disait et répétait.
Fou de joie de faire un bon mot.
Et son rire tonitruait.

Elle, bien trop tôt les baissa, les bras.

Les coups bas, libres et délibérés, ne sachant les parer sans apparent embarras, elle choisit de les avaler.
Les coups laids, coulées brûlantes de lave verbale, bave répétitive et barbante ou babil acide, ne voulant s’en laisser abreuver, elle choisit de les boire.
De coups entendus en trop perçus, le dégoût s’empara d’elle, plus vite qu’il n’y parut.
Du coup, coude prestement levé, vers d’autres rives elle dériva lentement.
Elle laissa couler et se laissa crouler.
Crouler pour oublier, couler pour se noyer.
Déjouer les coups serrés, les goulées qui dégorgent.
Gorge serrée, en découdre.
En découdre mais bouche cousue.
Cousue de fil blanc sous la dorure des faux-semblants.

Vint le moment où se serrer les coudes ne suffit plus. Serrer les dents non plus.
Tête haute et si entêtée, elle savait ce qu’elle faisait. Jouer des coudes pour dépasser l’insidieux, elle n’en était déjà plus là.
Et puis tu parles d’un jeu… Mais c’est une autre histoire, une histoire triste en fait.

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