Haut les masques

Haut les masques

Je connais d’assez près une femme qui, depuis qu’elle est toute jeune, porte presque en permanence divers masques de personnalité confinée, disons plutôt conditionnée, que l’on appelle aussi tenue de camouflage ou faux-self.

Elle en a toute une panoplie, d’une variété telle que de les dénombrer elle ne s’est jamais souciée.

Elle passe l’un ou l’autre de ces affûtiaux selon les circonstances qu’il lui faut affronter, en fonction de l’environnement qui l’entoure ou l’enserre. Elle enfile un sourire même si les larmes coulent à l’intérieur. Et dans ses bouclettes un rayon de soleil toujours elle accroche. Elle le fait à l’instinct et le résultat qui convient est atteint. C’est bien !

Oui, c’est bien. Toutefois c’est fatigant. Oh oui, très fatigant.

Mais pourquoi donc ? pourraient se demander ceux qu’étonnerait une telle singularité. La réponse semble évidente : pour s’adapter, pardi ! Qu’il est curieux de toujours devoir s’expliquer, se justifier, tenter de se faire comprendre quand c’est si souvent peine perdue.

S’adapter c’est se glisser dans le moule, mais oui, mais oui, pour précisément éviter d’être à côté de la plaque et d’avoir l’air tarte. Bonne pâte malléable, ne pas se faire mousser, se fondre dans la masse, se conformer, éviter d’attirer l’attention, redouter les prévisibles foudres et possibles représailles. C’est dangereux, très dangereux d’être brillante si cela provoque des étincelles…

À toujours tenter d’arrondir les angles et limiter les débordements, elle se contraint, et même contre plusieurs.

C’est une femme à géométrie variable, de ce fait ses costumes nécessitent des retouches constantes et, pour être portés de façon convaincante, ils requièrent une énergie puissante et épuisante. Aussi – cette idée la travaille et creuse son chemin – envisage-t-elle d’envoyer valser ce qui lui pèse pour rester chez elle, tranquille et même peut-être sereine, qui sait, en tenue légère, si légère qu’elle pourrait flotter plutôt que couler. À pic. Épique époque.

Car, s’il faut le préciser, chacune des nombreuses poches de ces différentes tenues est à ras-le-bol emplie des galets lourds que son existence a polis, si polis qu’ils en sont vernissés.

Mais cette femme est réaliste : elle sait distinguer ce qui est possible de ce qui ne l’est pas.

Alors elle ne se démunit pas de sa boîte à courage pour raccommoder les coutures qui lâchent, consolider ce qui crie, croque et craque aux entournures, ravauder le galvaudé, rabibocher l’effiloché et rafistoler les systoles désaccoeurdées.

Peu le savent, mais c’est ainsi qu’elle avance, transparente et pourtant masquée.

🎨 Marina Podgaevskaya

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