Démarrage de la tondeuse

Démarrage de la tondeuse

Je me rappelle mon Gramp’ à Pourgent, derrière la maison, s’escrimant sur le démarreur de sa tondeuse thermique et pestant tout ce qu’il savait.

Mon Gramp’ usait habituellement d’un vocabulaire châtié et il était généralement impeccablement coiffé, à la Clark Gable, cheveux très courts sur la nuque et autour des oreilles, les longueurs du dessus élégamment ramenées vers l’arrière et soigneusement gominées. J’avais parfois l’honneur insigne et le bonheur extatique d’assister à sa toilette du matin, un véritable rituel – mais une tout autre histoire, que je raconterai un jour. Or, quand Gramp’ jardinait, ses cheveux lui tombaient dans les yeux et ça lui donnait vraiment une allure différente.

C’était particulièrement intéressant pour moi, avide de détails, d’observer tout cela. Le monde des grandes personnes…

Sa tondeuse bordeaux ne démarrait pas au quart de tour, ce qui amenait souvent Gramp’ à lancer des bordées de jurons – très mesurés toutefois puisque sa petite-fille si attentive suivait de très près cette délicate et passionnante opération.

J’avais tout de même noté que « bord’ed’mer’ de bord’ed’mer !! » revenait souvent dans ses imprécations grommelées, mais à l’évidence nous n’étions pas sur une plage et je ne voyais pas du tout le rapport avec la pelouse qu’il lui fallait tondre.

Alors je réfléchissais puissamment pour essayer de comprendre, de trouver une explication logique à ce que je n’avais pas pigé du premier coup… et je me disais qu’à défaut d’un tigre dans son moteur, un grain de sable soufflé par le vent depuis les dunes lointaines s’y était peut-être malencontreusement glissé : le fameux grain de sable dans l’engrenage… ?

2 réflexions sur “Démarrage de la tondeuse

  1. Quelle exceptionnelle personnalité et quel extraordinaire talent que celui d’avoir vécu et de savoir relater une anecdote familiale domestique (qui se rapporte à la domus) comme une aventure épique comportant ses héros (Gram’p en personnage d’action et Laure en observatrice attentive préparant son futur témoignage) son théâtre (le jardin) et son intrigue (parvenir à dompter un fauve mécanique imprévisible au moyen d’imprécations mystérieuses) et son alchimie savoureuse par laquelle un juron trivial est transmuté en formule magique dans laquelle morues et maquereaux disparaissent dans les profondeurs d’un océan de perplexité juvénile adorable.
    Merci Laure pour ce savoureux et drolatique moment d’évasion

    Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s