Le jeu est la meilleure des pédagogies

Le jeu est la meilleure des pédagogies

J’adorais dessiner
Dès les plus jeunes classes, mes productions se distinguaient de celles des autres enfants. J’en étais très fière. Mais je me suis bientôt retrouvée à tâtonner pour les effets de perspective. Surtout pour les maisons et leurs toits. Ils avaient une profondeur. Comment la représenter ?
C’est Papa qui m’a montré comment faire, avec des traits de travers par rapport à ceux qui étaient droits. J’explique mal, mais vous voyez ce que je veux dire.
Papa avait un excellent coup de crayon. Souvent il croquait les paysages ou les demeures des amis chez lesquels nous nous rendions. Et j’étais toujours frappée par la ressemblance, la justesse des proportions, et j’observais, j’observais.
Moi, je dessinais essentiellement des maisons. C’était ce qui m’intéressait. Des maisons avec une jolie façade pleine de fenêtres, et puis le jardin, et puis des fleurs, et puis un soleil et des nuages évidemment. Et des oiseaux dans le ciel. Des gens parfois, quand j’y pensais !
Avec les indications que m’avait données Papa, je trouvais cela relativement facile.
Mais les arbres autour de la maison, ah ça, ce n’était pas évident du tout de savoir où les installer dans le dessin pour qu’ils n’aient pas l’air suspendus dans le ciel. Là encore, Papa m’avait montré comment représenter le relief du sol, les pelouses, et la ligne de l’horizon – très importante, la ligne de l’horizon. Du coup, les arbres prenaient leur juste place et j’étais satisfaite du résultat.

Puis, très vite, je me suis lancée dans des plans de maisons imaginaires. Des plans de maisons, oui. Ou d’appartements. J’avais compris comment faire et j’inventais la répartition des pièces. Le soir Papa regardait ce que j’avais conçu, et il me disait ce qui clochait, ce qui n’était pas réaliste… Ainsi je m’améliorais peu à peu.

Il faut dire que c’était une de nos grandes occupations, en été sur la plage : dessiner avec Papa sur le sable mouillé, avec nos petites pelles métalliques à manche de bois, le plan d’appartements dont nous meublions les pièces.
Vues à vol d’oiseau.
Beaucoup, beaucoup plus tard, avec mon futur architecte de fils, j’apprendrais le terme « axonométrie » qui donne la notion du volume. Nous n’en étions pas là !

Un autre jeu sur la plage nous passionnait, dont Papa était l’instigateur.
Sur le sable mouillé des rivages de l’Atlantique, il dessinait un long serpent descendant vers l’océan en décrivant force méandres. Ensuite, il nous faisait creuser des rivières venant grossir ce fleuve, et des lacs, et des bassins, et tout un réseau de canaux et de barrages, et des digues surmontant de plus petits bassins. Ce circuit fluvial et hydraulique, qui s’enchevêtrait avec une logique parfaite, menait le plus souvent à un delta juste avant lequel nous construisions un immense château entouré de douves profondes que nous inonderions en fin de partie, avant que la marée montante ne détruise peu à peu notre ouvrage, suscitant les oh ! et les ah ! de tous ceux qui avaient participé à cette oeuvre magistrale.
C’était le travail d’un après-midi.
Souvent d’autres enfants se joignaient à nous et Papa assignait à chacun sa tâche.
Je me rappelle un jour un monsieur d’un certain âge qui s’était arrêté dans le cours de sa balade pour examiner avec attention, un léger sourire aux lèvres, l’étendue de nos réalisations. Papa, voyant son expression, avait rigolé et lancé : « On s’amuse comme on peut ! » Le bonhomme avait rétorqué très sérieusement : « Mais il n’y a pas de mal, il n’y a pas de mal. C’est formidable, tout ce que vous apprenez à ces enfants. » Et il s’était éloigné non sans ajouter : « Le jeu reste encore et toujours la meilleure des pédagogies ! »


Auteur du panneau non identifié

Une réflexion sur “Le jeu est la meilleure des pédagogies

  1. Chère Laure, De bien gentilles filles, pleines du désir d’apprendre, et un bien gentil Papa, cultivé, disponible pour ses enfants et plein du désir d’enseigner ! Belle et enrichissant enfance ! Un jeu ? Etait-ce vraiment un « jeu » ? Belle atmosphère en tout cas ! Merci pour ce récit.

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