Quand les mots manquent
La femme qui a perdu son mari est veuve.
L’homme qui a perdu son épouse est veuf.
Les enfants qui ont perdu leurs parents sont orphelins.
Je note qu’il n’y a pas de mot pour désigner un parent qui a perdu un enfant.
Autrefois, compte tenu de la mortalité infantile, c’était un état de fait si courant qu’il n’avait nul besoin d’être nommé.
Or, maintenant que cette constante s’est inversée, la perte d’un enfant – quel que soit son âge – est devenue si contraire à l’ordre des choses qu’il manque le mot idoinepour désigner l’état de ses parents.
Dans un registre comparable, il n’y a pas de mot non plus pour désigner la personne qui a perdu son frère ou sa sœur.
Amputée conviendrait.
*
J’avais écrit ce texte il y a quelques années, quand ma sœur s’est éteinte.
Et puis, à la lumière d’un événement si récent, si douloureux, j’ai eu une inspiration…
Je précise d’abord que je connais les néologismes « parange », « papange », mamange ».
Je les trouve insatisfaisants.
C’est mon point de vue et il n’engage que moi.
Va pour la perte d’un bébé, petit être que l’on peut considérer comme un ange.
Mais pour un enfant jeune adulte, cela ne me convient pas.
À mon sens, nous, les parents qui avons perdu un enfant, nous sommes désormais pèrephelin et mèrepheline.
Et si c’est un frère ou une sœur qui se sont envolés, alors nous pouvons nous dire frèrephelin ou soeurpheline.
Ces mots-valises sont, me semble-t-il, complètement et immédiatement compréhensibles, par tous.