Ne grandissez pas, c’est un piège !

Ne grandissez pas, c’est un piège !

Petite, je ne cessais de vouloir vieillir… Oh, être enfin acceptée dans la cour des grands, être admise, faire partie du cercle. Reconnue par mes pairs, par ma mère.
Le temps a passé. Le monde des adultes, j’ai pu le constater, n’est pas fait pour moi non plus. Alors j’ai travaillé mes rôles, parfait mes déguisements. Pour m’adapter. Pour convenir. Pour compenser et tenir l’équilibre. Ah mais je me suis quand même drôlement remuée et plutôt bien débrouillée…
Mais je suis restée une enfant qui a simplement grandi. Vouih, force m’est de l’avouer, j’ai changé de pointure. Entre autres.

L’avantage : un rien m’enchante, m’amuse ou me distrait… et c’est délicieux, oui, je me régale.
L’inconvénient : un rien me déstabilise.
Or il se trouve de vilaines personnes pour le détecter facilement, se gausser et et appuyer là où ça fait mal. Délibérément. Oui, délibérément. Parce qu’à un moment tout de même, la maladresse a bon dos ; je n’y crois plus, moi qui cherche toujours à trouver aux autres des excuses, des circonstances atténuantes. Les vacheries, il faut arrêter de se leurrer, la plupart du temps c’est calculé, bien visé… et mal reçu.

Les moqueries, si je ne les vois pas venir, je les sens arriver : je les subis, comment faire autrement ?
Ça commence tôt, petite, à table ou ailleurs, dans le cadre familial d’abord, ça continue en cour de récré, et dans les groupes d’amies, quand j’en ai.
Et puis ça continue. Oui, ça continue.
Encore et toujours. Ici ou là. Partout. Tout le temps. Ça continue. Dans la vraie vie ou en virtuel.
J’ai beau faire mine que ça m’indiffère, que ça ne m’atteint pas, j’ai beau essayer de rigoler avec les autres, les moqueries et les mots insidieux – les mots-sillons, les maux-sillons – m’atteignent en plein coeur, et ça saigne, ça saigne à l’intérieur.

Pourquoi ces moqueries ? Pourquoi me heurtent-elles a ce point ? Eh bien c’est ce que je ne sais pas, c’est ce que je n’ai jamais compris.
Un rien me fait réagir, je l’ai dit. Alors quand c’est beaucoup, imaginez le tsunami.
C’est ainsi.

Illustration : François Fressinier

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