– Mon boulier chinois

Mon boulier chinois

Voici qu’un mot dont la signification m’échappe passe à ma portée : un abaque.

Et vous, connaissiez-vous ce mot ?

Aussitôt je cherche sa définition : un abaque, c’est ainsi que l’on nomme le boulier chinois.

Et, dans le même mouvement, mon esprit part en cavale…

Un boulier chinois, j’en ai eu un très joli, je l’avais acheté alors que j’étais adolescente dans une boutique de déco extrême-orientale du Quartier latin, je me le rappelle très bien : cadre en bois orange foncé et boules noires.

Je l’ai gardé très longtemps parmi mes bibelots chéris – j’en ai énormément, je le reconnais.

Eh bien, me voilà littéralement abasourdie, car… je ne sais absolument pas où il est passé !

Il y a des choses comme ça qui disparaissent de ma vie, et le pire, c’est que je ne sais plus du tout dans quelles circonstances.

Ce boulier chinois m’a toujours suivie dans mes déménagements successifs.

Je le vois encore dans ma précédente maison, dans la pièce et sur le meuble où il était exposé.

Et là, brusquement, parce que ce mot passe sous mes yeux, c’est le blanc le plus total : je ne le situe pas dans ma maison actuelle, j’ignore ce qu’il est devenu.

Ça me fiche un coup, quand même, ce trou de mémoire.

Et depuis tout à l’heure où j’ai découvert ce nom, ça tourne et tourne dans ma tête.

Je ne crois pas l’avoir donné ni m’en être débarrassée : c’est un objet de rien du tout mais j’y tiens, souvenir d’une époque précise de ma vie, et depuis il m’a toujours accompagnée.

Je ne pense pas l’avoir cassé, je me rappellerais quand même… ou pas… peut-être effectivement s’est-il cassé ? peut-être mon namoureux l’a-t-il réparé ? ou bien, décidément trop abîmé (l’abaque, pas mon namoureux !), l’aurais-je jeté, peinée, forcément peinée ?

Mais je me rappellerais, non ?

Non…

Ma mémoire, si aiguë toujours, parfois devient floue.

Me voilà qui visualise en pensée chaque pièce de la maison qui n’en compte pas tant, chaque surface occupable par mes bibelots – ah, mes bibelots, « Objets inanimés, avez-vous donc une âme ? »

Je passe en revue tous les recoins possibles.

Ça me perturbe vraiment de ne pas réussir à rassembler mes souvenirs.

Je deviens folle, oh oui, folle… et moi, émoi, cette perspective m’effraie.

Et, tout d’un coup, en un éclair fulgurant et rassurant, le bon tiroir mental s’ouvre : je sais où se trouve mon boulier.

Il est toujours ici !

J’avais juste oublié où.

Posé sur le meuble de télévision, qu’il est vrai je regarde si rarement.

Ça va, l’Alzheimer me guette peut-être mais ne m’a pas atteinte.

Pas encore.

En attendant le prochain affolement général de cette nature, je respire…

Et vous ? ça vous arrive ? des anecdotes ?

📷 LaureChevalierSommervogel

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