– L’intelligence du coeur

L’intelligence du coeur

C’était il y a longtemps déjà, été 2016, une grande gueule pleine de suffisance m’a dit un jour, devant toute une tablée de convives interloqués – il pensait les faire rigoler – que j’avais une voix épouvantable et que l’on croirait entendre l’invité masqué d’une émission télévisée.

Il se trouve qu’en plus d’avoir la voix cassée je suis sourdingue, mais cette réflexion claironnée comme une bonne blague, je l’ai très bien entendue.

J’ai dégluti, ravalé les larmes qui affluaient, il m’a fallu un moment pour me ressaisir mais j’ai tout de même réussi, aussi posément que possible, à croasser :

— Je suis navrée que ma voix t’épouvante mais j’ai des nodules aux cordes vocales, là, dans ma gorge, tu vois ? Ça modifie ma voix, je n’y peux pas grand-chose et surtout, surtout, ça ne m’amuse pas.

Et j’ai ajouté dans la foulée – parfois je suis inspirée :

— Est-ce que tu peux réfléchir un peu à l’impression que ça te ferait si par exemple tu avais une verrue sur le nez et que devant tout le monde je dise que c’est absolument horrible ? Tu me trouverais méchante mais surtout très conne, non ? Et tu aurais bien raison.

Ça ne lui a pas plu…

Le gars a boudé pendant toute la soirée, se tenant à l’écart du groupe, ostensiblement, lui, le boute-en-train habituel.

Oh là là, quel faiseur d’histoire, un comble !

Or il s’est avéré que cette anecdote a eu davantage de conséquences que je n’aurais pu le supposer.

Je ne me suis pas sentie soutenue dans ces circonstances, ni sur le moment ni ensuite, par une des personnes les plus chères à mon coeur dont j’attendais de l’empathie : celle-là même qui recevait

Forcément, elle était prise entre l’arbre et l’écorce.

Mais son attitude m’a fait mal.

Elle m’a reproché d’être susceptible.

Sans aucun doute je le suis, hyperémotive également, ça n’aide pas.

Vase des rancoeurs qu’une déception supplémentaire fait déborder, vase des ressentiments couche après couche sédimentés qu’un coup de pied malvenu agite.

Pour filer la métaphore aquatique, l’eau s’est troublée.

Quoi qu’il en soit, c’était déjà depuis quelques années si tristes une période difficile à traverser sur le plan émotionnel pour la plupart d’entre nous dans ma famille, et la communication entre nous s’en ressentait.

Pour ça bien sûr, mais pour une quantité d’autres raisons urgentes et douloureuses, j’ai « beaucoup travaillé sur moi », comme le veut l’expression : rééducation orthophonique, appareillage auditif, apprentissage laborieux de multiples techniques de zénitude, sans oublier l’indispensable suivi par des professionnels neutres et bienveillants.

Je progresse : c’est le programme d’une vie, aller mieux est tout de même un objectif motivant !

Tout passe, les esprits se calment.

L’insupportable absence, parfois définitive, de quelques-uns de mes essentiels s’apprivoise lentement.

Avec mes autres essentiels les aspérités commencent à s’aplanir.

Érosion des sentiments ?

Pas forcément.

Sur des ruines il est possible de reconstruire, autrement.

Écrire, crier, rire, et, plus que jamais, cultiver l’intelligence du coeur.

Illustration : Marina Podgaevskaya, Blue Flower, 2025

Une réflexion sur “– L’intelligence du coeur

  1. Pas très opportune, en plus de ne pas être très gentille, cette réflexion… en ces circonstances… C’est du domaine de la cour d’école où je n’ai jamais vu un professeur ou surveillant, même, s’intéresser le moins du monde à ce que peuvent s’envoyer les élèves… Et, tu as raison, l’intelligence du cœur, l’empathie, aussi, et l’intelligence tout court, ça fait deux !! et chacun ne possèdent pas les deux, et, même, souvent, ni l’une, ni l’autre… Laisser glisser, souvent, ce n’est pas mal… mais là, il me semble que tu as bien répondu… Amitiés Philippe Lamarche

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