Nager dans l’air

Nager dans l’air

Mon rêve le plus fou ? Pouvoir nager dans l’air comme je le fais dans l’eau. Plonger dans l’air devant moi et d’un battement de pieds me redresser, aller où je veux à la brasse ou en crawlant, ou tout souplement en nage indienne, ou bien faire la planche, surfer sur la brise et puis foncer tête la première dans les nuages et me laisser tournebouler et drosser par le vent où il veut me mener, en ressentant tout le long de moi cette caresse si intime.

Voler, je le fais très souvent en rêve. Je vole de différentes façons, cela varie. L’exploit en soi, je le retrouve à chaque fois avec les mêmes délices. Je parle de voler avec mon corps humain, je veux dire sans m’imaginer porter des ailes comme des oiseaux parce que ce serait trop évident. Jamais je n’ai rêvé que j’étais munie d’une paire d’ailes. Et d’une, je ne suis pas un ange. Et de deux, ce serait encombrant, je crois. Mais j’ai mis au point une quantité de techniques pour voler. Des procédés que je n’ai jamais expérimentés qu’en rêve, forcément. D’un rêve à l’autre, j’améliore ces différentes méthodes de vol dans l’air, avec mon corps actuel et mon esprit aussi, bien sûr. C’est vraiment très amusant. Ce sont des rêves jubilatoires. Jouissifs, oui, le terme s’applique aussi tellement c’est exaltant. Et, pof, je me réveille et je reprends pied dans la réalité de la gravité à laquelle nous sommes soumis – tout en me disant qu’un jour ce sera possible, qui sait. Peut-être cela se vivra-t-il. Oui, peut-être.

Parfois je suis en classe, cours de gymnastique. On nous apprend à concentrer notre énergie dans nos talons. Il s’agit de donner une légère impulsion, je sens alors que je me soulève et que je décolle. Une détente des doigts de pieds et me voilà à quelques mètres du sol. Ensuite il me suffit d’agiter doucement mes mains au bout de mes bras plaqués contre mon corps, oui, un peu comme des nageoires, et d’orienter mes pieds pour continuer à évoluer au-dessus de la cour.
Comme pour tout exercice physique, certaines s’efforcent d’y arriver et n’y parviennent pas alors que d’autres maîtrisent rapidement la manoeuvre. Bonheur inouï, moi qui n’ai jamais excellé dans les activités sportives, je fais partie de celles qui, toutes légères, s’élèvent dans l’azur.

Un autre rêve revient très souvent. Je l’aime beaucoup, celui-là. Je dévale un escalier. C’est toujours celui de l’immeuble où habitaient Gramp’ et Aya, rue Gay-Lussac. Avec une grâce et une efficacité inégalables, je bondis. Seul le bout de mon index reste posé sur la rampe d’escalier, les jambes à demi relevées devant moi je glisse bien au-dessus des marches. À chaque palier je reprends pied et, d’un nouvel élan, sans aucun effort, je survole la volée des marches qui me sépare de l’étage inférieur. C’est fluide, facile, élégant. La sensation est très agréable.

Il m’arrive aussi de rêver que je suis dans la rue, en train de courir. Je ne fuis rien, je cours tout simplement pour aller plus vite. Dans les larges contre-allées ombragées, il y a de la place et très peu de passants autour de moi. Dans mon rêve je sais parfaitement où je suis. À Neuilly, où toute une partie de ma vie j’ai arpenté ces belles avenues. Je cours tranquillement, sans m’essouffler. Et pour adopter une position plus confortable tout en conservant mon allure, hop, je relève mes jambes à l’horizontale en posant mes fesses sur une sorte de coussin plus dense que l’air environnant. Ce coussin me porte, je le tiens fermement de chaque côté. Et, avec une petite impulsion qui part du bout de mes orteils je me dirige dans la direction que je veux. C’est extrêmement pratique, et même reposant. Comme si je volais à un mètre du sol. Sur un tapis volant ? Non, pas un tapis, un coussin volant.

Je fais d’autres rêves qui tiennent plus de la prouesse physique que du vol.

Je prends mon élan, j’échappe à la pesanteur et je saute par-dessus les maisons, sans aucun effort, à l’intense stupéfaction des gens qui me regardent d’en bas, sidérés par cet exploit. Je ris, je leur fais coucou de la main. Ou alors – ah, je l’aime bien, celui-ci aussi – je me trouve dans une pièce avec une certaine hauteur sous plafond. Souvent des musées. Je saute doucement et, au rythme de ma respiration, j’arrive à monter jusqu’à toucher les poutres puis je redescends paisiblement me poser sur le plancher. Les admirateurs me demandent comment je fais cela et je réponds que c’est facile, il suffit de se concentrer, de se caler sur une ample inspiration pour monter et d’expirer peu à peu pour le mouvement inverse.

Un autre rêve encore, et je pense que j’aurai fait le tour du sujet : je suis debout, parfaitement droite, et je me penche alternativement en avant puis en arrière jusqu’à me retrouver à l’horizontale, à quelques centimètres du sol, grâce à l’incroyable souplesse de mes chevilles. Et, sans aucune difficulté, parce que je suis très bien entraînée à cet exercice, je me balance de cette façon, très satisfaite de ma performance.

Ce qui m’étonne, c’est que, ces rêves, je les faisais déjà toute jeune et je continue, adulte devenue, à rêver des mêmes lieux, des mêmes situations, des mêmes circonstances, des mêmes sensations. Sans aucun doute suis-je restée une grande enfant. Mais je me dis aussi que peut-être nous avons été oiseaux ou poissons dans une vie très-très antérieure, et nous avons gardé la mémoire diffuse de cette capacité à se mouvoir dans l’air comme dans l’eau, un souvenir d’un autre temps que nous revivons en rêve.

Ce serait intéressant de les faire interpréter, ces rêves si étranges.

Illustration : provenance Internet

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