Surprise pour mon dix-huitième anniversaire !

Surprise pour mon dix-huitième anniversaire !

Dans nos familles on offrait traditionnellement un collier de perles à sa fille pour son dix-huitième anniversaire.
Je me demande si cette habitude perdure encore…

Toutefois, mes parents m’avaient prévenue :
— Tu n’auras pas de perles. La situation financière actuelle n’est pas si brillante qu’elle nous le permette. Mais nous t’avons réservé une surprise.

Alors là, pour une surprise, c’en fut une.
Quelle stupéfaction de recevoir… une valise !
C’était certes une très jolie valise ancienne, en cuir fauve, intérieur en tissu passé rayé vert pâle et rose, avec son ravissant nécessaire de toilette, flacons de cristal aux couvercles de métal argenté, brosse à habits, brosse à cheveux, chausse-pied et crochet à bottines à manches d’ivoire, le tout maintenu par de fines lanières de cuir.
Un beau cadeau.
Original.
Inattendu.
Et puis moi j’aimais bien tout ce qui était ancien.

J’ouvre ici une parenthèse pour resituer le contexte familial…
Mes parents étaient passionnés d’antiquités et trouvaient toujours l’occasion de s’arrêter chez le moindre brocanteur à la recherche d’une trouvaille.
Un coup de coeur les enchantait.
Une bonne affaire les ravissait.
Et ils ne se privaient pas de revendre ce qu’ils ne souhaitaient pas conserver.
Autant vous dire qu’à la maison c’était un remue-ménage permanent.
Oui, ça déménageait – dans tous les sens du terme !
Maman n’aimait rien tant que faire valser les meubles et les bibelots et trouver un nouvel agencement pour les différentes pièces.
Rien n’avait véritablement de place définitivement attribuée.
Corollaire évident : on avait intérêt à signaler haut et fort, et maintes fois le répéter, que l’on tenait particulièrement à tel ou tel objet de peur d’apprendre, désolée, une fois le fait – le forfait ? – accompli, qu’il avait été remplacé.
Et encore, ce qui était entendu était si vite oublié…
Mais c’est une autre histoire, toute mon histoire en fait.

Certainement ils avaient chiné cette valise au cours d’un de leur périples aux puces de Saint-Ouen ou ailleurs.
Je le redis, elle était vraiment très jolie, et le nécessaire de toilette encore plus.
D’ailleurs, je l’ai toujours, je l’aime beaucoup, c’est une décoration raffinée.
Dans nos installations actuelles il a retrouvé sur une petite étagère d’autres bibelots auxquels je tiens, dans la chambre d’amis.

Il reste que recevoir une valise pour mon dix-huitième anniversaire, je ne m’y attendais pas.
Pas plus que je ne m’attendais à ce que ma chère mère m’annonce sur le ton radieusement satisfait qu’elle employait lorsqu’elle décochait ce qu’elle pensait être un trait d’esprit :
— Maintenant que te voilà munie d’une valise, ma petite chérie, la porte t’est grande ouverte.

Je n’ai jamais su avec certitude si elle plaisantait – je n’avais pas trouvé cela drôle – ou si sa pique comportait un fond de vérité.
Non, jamais.

Ah, ces hésitations constantes quant aux attitudes et paroles maternelles…
Maman disait beaucoup de choses qui, au fond, ne faisaient rire qu’elle.
Sur quel pied devais-je danser ?
L’ambiance, ces années-là à la maison, était… pénible.
Ma mère et moi ne cessions de nous accrocher – oh, pour des broutilles la plupart du temps.
Papa s’en trouvait exaspéré.
Il prenait systématiquement son parti à elle, sans jamais essayer de comprendre ce qu’il se passait.
Et ça tonnait et ça cognait, au propre et au figuré.
C’étaient une époque et leur façon de nous élever : par définition les parents avaient raison et les enfants tort, quel que fût leur âge.

Et moi, émoi, qui l’ai été à mon tour, mère, on ne m’ôtera pas de l’idée que le rôle essentiel d’un parent, difficile à tenir mais crucial, consiste à jouer les tampons quand c’est tendu avec l’autre parent.
En un mot, à compenser.

Ça n’a jamais été la politique des miens.
Y songeaient-ils seulement ?
Je ne crois pas.
Ils campaient sur leurs positions.

C’est ainsi, on ne change pas le passé.
On ne fait que s’adapter.

📷 Pixabay

Une réflexion sur “Surprise pour mon dix-huitième anniversaire !

  1. Assez compliqué pour retrouver où répondre !!
    Du reste, je ne suis pas sûr d’être au bon endroit !! pour une réponse ou des commentaires personnels !!
    En tout cas, tout à fait mon genre de famille, avec la guerre qui limitait fortement les capacités des parents à satisfaire les souhaits de leurs enfants, surtout quand les entreprises de jouets, ou de valises, mettaient incroyablement sur le marché, des objets que bien peu devaient pouvoir se payer à l’époque…
    Il fallait limiter nos ambitions : adieu train électrique, miniatures solido, meccano et autres merveilles sur lesquelles nous bavions devant les vitrines (moments merveilleusement illustrés par notre éternel photographe Robert Doisneau !!! avec son Rolleiflex 6×6…
    Sinon, pour le rôle de compensation, bien d’accord avec toi !! sans désavouer l’autre, cependant !!
    Amitiés
    Bises
    Philippe

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