Perte de mobile

Perte de mobile

J’étais assise dans le métro, une femme à côté de moi debout dans le couloir tenait son parapluie, replié évidemment mais pas plié-serré, et dans les plis de l’intérieur du parapluie je vois un mobile. Je tire sur la manche de la dame pour lui montrer qu’elle a perdu son téléphone, elle s’exclame que ce n’est pas le sien.

Nous voilà toutes les deux à examiner l’appareil. Par chance il s’allume sans code. La dame me dit alors qu’elle doit descendre à cette station et elle ajoute : « Je vous le laisse ? Après tout c’est vous qui l’avez « trouvé », si je puis dire… Vous vous occupez de la suite à donner ? »
Un peu éberluée, j’acquiesce – je ne vois pas trop ce que j’aurais pu faire d’autre. Et me voilà qui réfléchis à la façon dont je vais m’y prendre.

Il m’a fallu un appel seulement pour réussir à localiser sa propriétaire – héhé.
Je trouve « Maison » sur le répertoire, c’était déjà une piste, mais je me dis qu’un mobile perdu le matin dans le métro appartient certainement à quelqu’un parti bosser. Alors je tente le coup avec le « Rappel du dernier correspondant », et je tombe, sans me faire mal, sur un interlocuteur dont il s’avère, après les présentations et explications voulues, qu’il est son mari. Vous pouvez désormais m’appeler Sherlock Holmette.

Le gars se contente de me donner le numéro de téléphone du bureau de sa femme en suggérant que je l’appelle. Il m’a vaguement semblé qu’il aurait pu me dire qu’il se chargeait de la joindre et qu’elle allait m’appeler sur son propre mobile pour que nous nous donnions rendez-vous, mais je n’ai pas moufté…
Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple ?

J’appelle donc cette dame. Le comble, c’est que je suis reçue fraîchement. Inouïe, cette nana ! À l’entendre, c’était tout juste s’il n’aurait pas fallu que je me déplace pour lui rapporter son mobile : « Ben ouais, mais chui à Porte d’Orléans, là, et l’soir en banlieue, alors Étoile ça fait loin, dites ! » Et moi donc qui habitais en proche-province à l’époque, trois heures de transport par jour … mais c’est une autre histoire, toute mon histoire en fait…

Nous finissons par nous donner rendez-vous à la sortie du métro Étoile, à 13h, « Faut que je trouve le temps de venir puis de retourner à mon travail, hein… »

La nana – je vous le donne en mille mais je suppose que vous vous y attendiez – se pointe à 13h45. Et moi, émoi, pendant ç’temps-là je poireautais, fumasse. Peu de monde en ce début d’après-midi, à part quelques personnes marchant de façon déterminée sans donner l’impression de chercher qui que ce soit. Je l’ai donc facilement identifiée, et elle de même.
Elle monte les escaliers en me zyeutant d’un air méfiant et s’approche de moi – moi qui avec un grand sourire lui tends son téléphone. Elle le prend en s’y agrippant comme si elle s’attendait à ce que je le retienne, le fourre dans son sac qu’elle referme rapidement en vérifiant que le rabat est à sa place, et elle ne trouve rien de mieux à me dire que : « Bon, bon, ben j’y vais, hein… » Pas un « merci » – je ne parle même pas d’un petit bouquet de fleurs ou d’une mini-boîte de chocolat. Elle me tourne le dos derechef et dévale les escaliers. Si elle avait pu, elle les aurait descendus quatre à quatre.

J’en suis restée, comment dire ? Sur le cul, il n’y a pas d’autre mot. Si : comme deux ronds de flan.
À croire qu’il s’en trouve pour penser que dire merci et sourire risque de leur gercer les lèvres !!!

C’était peut-être le genre de bonne femme qui aurait demandé de l’argent à la personne dont elle aurait trouvé le téléphone, manière de récompense avant de le lui restituer. Moi, ça ne m’était pas venu à l’esprit, mais elle, elle a peut-être pensé que j’allais lui demander quelque chose ? D’où son attitude fuyante…

Une mal élevée, me dira-t-on ?
Davantage que de bonne ou mauvaise éducation (on n’a jamais que celle que l’on reçoit), je parlerais plus volontiers de gentillesse – on appelle aussi cette qualité intelligence du coeur. Eh bien, nul besoin de tergiverser, cette dame en était assurément dépourvue !

Image : Pixabay

Une réflexion sur “Perte de mobile

  1. Chère Laure,

    Il me semble qu’à ta place, j’aurais exigé un rendez-vous qui me convienne vraiment…
    Je compare avec une situation un peu semblable qui nous était arrivée, à ma compagne et à moi, il y a quelques années maintenant.
    Nous nous étions garés sur une placette proche d’un hôpital où ma compagne avait rendez-vous.
    En allant reprendre ma voiture, ma compagne me dit qu’elle n’a plus son téléphone… peut-être tombé lorsqu’elle est sortie de la voiture, en arrivant…
    C’est du moins ce que nous pensons !
    Je fais son numéro et une voix masculine me répond en me confirmant qu’il avait bien trouvé le téléphone par terre, en se rangeant à côté de mon véhicule et qu’il avait pensé que le mieux était de le ramasser pour le mettre à l’abri.
    Il me propose alors (ou moi) de venir le chercher chez lui, pas très loin de l’endroit où nous étions.
    Chez lui, accueil sympathique et ma compagne, en récupérant son téléphone, lui propose une indemnité en remerciement de son geste !
    Indemnité fermement et gentiment refusée, mais souvenir bien gravé dans ma mémoire. Merci encore à ce Monsieur.

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