– Ancrage perlé

Ancrage perlé

Un minirécit pas si futile…
Ne rigolez pas, mais ces boucles d’oreilles ont une grande valeur pour moi, j’en ai fait un ancrage.
Je raconte.
~•~
Nous passons, mon namoureux et moi, quelques jours enchanteurs dans la riante Séville.
Un matin nous partons découvrir le palais de las Dueñas.
J’adore.
Ce sera ma visite préférée sur tout ce que nous avons admiré pendant notre séjour.
À la sortie, nous jetons un coup d’œil sur ce que présente la boutique du musée et je tombe en arrêt, que dis-je, en extase devant ces boucles d’oreilles qui sont e-xac-te-ment le modèle que je recherche depuis des années.
Je fais part de mon emballement à ma tendre moitié.
Pris d’un mouvement d’humeur subite – ça lui arrive –, mon namoureux se met à râler que des boucles d’oreilles j’en ai plein, que je ne porte jamais en plus, que ça suffit comme ça à la fin, que je n’ai pas besoin d’acheter le premier truc venu dès que je pose le pied quelque part (comme si c’était mon genre !!!) et que non, c’est non, un point c’est tout.
Et il sort du magasin d’un pas fatigué.
Il faut dire que nous marchons beaucoup et son mollet le travaille.
Fatigué, donc, et énervé, si tant est qu’un pas puisse être énervé – oui, ça se peut.
Moi, qui ne suis pas du tout contrariante et vous avez le droit de le croire, je ne pipe pas mot et je sors sur ses talons.
Je précise ici, le point a son importance, que je ne sais pas m’orienter toute seule dans une ville que je ne connais pas : c’est lui le pilote.
~•~
Donc je ne dis rien sur le moment, mais j’y repense, j’y repense, j’y repense énormément, parce que vraiment-vraiment elles me tentent terriblement – je les veux, quoi !
Oui, je sais, je le sais très bien, on ne dit pas « je veux », on dit « je voudrais »…
Oh que ça m’agace, cet écho permanent dans ma tête qui censure tout ce que je profère, y compris mes pensées.
Ah, je vous assure, je ne suis pas tranquille, même au plus profond de moi.
C’est ainsi que j’ai été formatée, ça laisse des traces indélébiles.
Et pourtant, chaque fois que je reparle de ces boucles d’oreilles, c’est un non catégorique et je vois bien que, si je pousse un peu la bête, je risque de la faire sortir de ses gonds, ce qui n’est pas mon objectif.
Quoi qu’il en soit, je continue à y penser, moi.
Oh la la, j’y pense.
~•~
Et voilà qu’arrive la fin du séjour, déjà le dernier jour.
Nous déjeunons dans un bar à tapas.
Nos petits plats délicieux terminés, je remets le sujet sur la table (collante, la table, c’est comme ça partout) parce que, tu comprends, ces boucles d’oreilles, je n’ai pas envie non plus de les regretter toute ma vie – au bas mot.
Mon namoureux soupire que lui n’a pas envie de se retaper le trajet, qu’il rentre à l’appart’ faire une reposette et que, si j’y tiens tant que ça, à ces boucles d’oreilles qui sont sûrement une mocheté pour touristes, je n’ai qu’à y aller toute seule, non mais ça commence à bien faire, cette histoire.
Alors là, je ne sais pas si c’est la sangria qui fait son effet mais tout d’un coup je me dis : et pourquoi pas… hein ? hein ? … je sais me servir de Google Maps en voiture donc je devrais bien trouver l’option piéton, ça ne doit pas être très différent… je ne parle certes pas l’espagnol, moi, mais je touche ma bille en anglais… à tout le temps penser que je suis infoutue de faire les choses parce que je crois que je ne saurai pas comment m’y prendre, eh bah j’en deviens psychologiquement incapable… mais on va voir ce qu’on va voir, je vais me débrouiller et je vais y arriver !
Oui, j’ai le temps de penser tout ça, in petto, en moi-même et dans mon for très intérieur, pendant que dans un mouvement fluide et gracieux je me lève.
Et, mon plus beau sourire aux lèvres et le regard aimant, je dis : « Eh bien j’y vais. À tout à l’heure, mon coeur. »
Mon coeur à moi battant mille chamades, je remonte la rue tout en entrant sur Google Maps l’adresse de las Dueñas que je n’ai eu aucun mal à trouver.
Et me voilà en route, pedibus cum jambis.
~•~
La suite s’avère d’une facilité déconcertante.
Je reconnais même, moi qui n’ai aucun sens de l’orientation, certains des endroits par lesquels nous sommes passés l’avant-avant-veille.
Une fois au palais, je me tape la discute avec la caissière à l’accueil, charmante, puis une autre avec le gars du magasin, tout aussi affable, je repars parée de ces deux beautés et je regagne l’appart’ où mon namoureux pionce sur ses deux oreilles, pas plus inquiet que cela.
~•~
Et moi, émoi, je suis fière, mais fièèèèère, vous ne pouvez pas vous imaginer à quel point.
Non, vous ne pouvez pas vous rendre compte, mais pour moi ça veut dire beaucoup.
Alors je prends une belle décision : maintenant, quand ça se coincera, au niveau du sternum, là où ça fait mal, si mal, parce que je me dis que je ne saurai jamais faire telle ou telle chose si jamais telle autre se produit, c’est de l’angoisse pure et dure, il n’y a que ceux qui passent par là qui savent combien c’est douloureux, je toucherai ma boucle d’oreille – ou tout simplement mon lobe d’oreille – pour me rappeler que bien sûr que si, j’y arriverai, parce que j’ai en moi les réserves d’adaptabilité nécessaires.
Voilà !
~•~
Et je ne peux pas terminer ce petit récit sans ajouter que mon namoureux, une fois réveillé et après avoir constaté que ces boucles d’oreilles sont non seulement jolies mais de belle qualité, a trouvé le moyen de me dire sur un ton quelque peu paternaliste : « Je n’avais pas négligé la vertu pédagogique de l’exercice pour t’aider à reprendre confiance en toi. »
Ah, cet homme-là, je l’aime, oh ça oui, je l’aime immensément, mais parfois, oui, parfois, il m’agace prodigieusement… !!!

📷 ©️LaureChevalierSommervogel

3 réflexions sur “– Ancrage perlé

  1. Ah, je connais évidemment, mais j’adore toujours relire. Merci Laure.

    Il me vient de ma mère exactement la même, juré, elle aimait aussi voyager, mais il n’en reste qu’une malheureusement ! Je ferai une photo.

    Merci de régaler ton petit monde avec ces mini-z-écrits. 🥰

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