Raccrochez, c’est une horreur !

Raccrochez, c’est une horreur ! *

Aujourd’hui je vous raconte une anecdote dont je rigole encore, toutes ces années après.

Dans mon tout premier appartement je ne sais pourquoi très souvent sur mon fixe – évidemment, mon fixe ; à cette époque reculé-é-euh de téléphones portables il n’y avait point – je recevais des appels qui ne m’étaient pas destinés.

Au début je trouvais ça pénible puis rapidement j’ai commencé à faire tourner les gens en bourrique.

Un matin une voix d’homme, un tantinet expéditif :
— Oui bonjour mademoiselle. Maître Machin à l’appareil. Voudriez-vous, je vous prie, me passer Maître Chose ?

D’entrée de jeu il m’a agacée, celui-là.

Je prends à dessein un ton, ahem, un ton conconcentré :
— Ah Maître, je voudrais bien, mais à peine arrivé au cabinet il s’est précipité aux… eh bien justement, aux cabinets. Et, euh, c’est que… Eh bien voilà, je ne sais s’il m’est permis de le déranger, comprenez-vous…

Silence interloqué au bout du fil.

Je poursuis sur ma lancée :
— Je l’ai vu y entrer, ça c’est sûr. Mais pas en sortir. Et c’est bien ce qui m’ennuie, comprenez-vous… C’est maladif tout de même, me semble-t-il, de rester si longtemps aux toilettes… Euh, vous ne trouvez pas, vous aussi ?

Là, Maître Machin laisse échapper un petit rire nerveux. Et moi je continue sur le même ton :
— Je vous fais patienter, si cela ne vous dérange pas ? Je vais tout de même lui dire que vous souhaitez lui parler…

Pliée et pas qu’à moitié d’un fou rire intérieur parfaitement silencieux, je pose le combiné à côté du téléphone, l’oriente vers mes toilettes à moi et vais tambouriner à la porte en criant :
— Maître ? Maître ? Il faut absooooooolument que vous en finissiez ! On vous demande au téléphone ! C’est urgent, comprenez-vous ?

Bruits de chasse d’eau, de porte qui claque, et me revoilà au téléphone.

D’une très grosse voix furieuse, je rugis :
— Allô ? Mais enfin, nom d’une bombe, c’est pas possible, ça !! On ne peut vraiment être tranquille nulle part… !?!

Estomaqué, l’autre a raccroché.
Et moi je me suis écroulée sur ma moquette, hoquetant de rigolade.

Bon, ça vaut ce que ça vaut, mais c’est une histoire vraie de vraie. Je l’ai beaucoup racontée – souvenirs de fous rires homériques – mais ne l’avais encore jamais rédigée.

J’en ai fait une quantité d’autres, des blagues au téléphone, oh oui, plein, tout plein… Rhooolala, oui, je pourrais en écrire, ça oui… Ah mais j’en ai encore sous le pied, vous pouvez me croire.

Et vous, quelle est votre plus belle histoire téléphonique ?

* Pour rappel ou information, le titre de ce petit bout d’écrit – « Raccrochez, c’est une horreur ! » – est à l’origine celui d’une chanson écrite par Serge Gainsbourg pour Jane Birkin qui l’a interprétée en 1976.

📷 Téléphone vintage des années 80, photo trouvée sur le Net.

2 réflexions sur “Raccrochez, c’est une horreur !

  1. Je suis admiratif et, j’ose l’avouer, un peu honteusement, envieux, très chère Laure, à l’égard du remarquable talent d’autrice et comédienne de cette pièce dramaturgique improvisée, tout autant qu’à l’égard du talent littéraire par lequel tu nous as fais pleinement savourer toute la drôlerie de cette mise en scène… et même, pourrait-on dire en cette circonstance, « mise en selle ».
    Combien de fois, hélas, n’ais-je pu que regretter de n’avoir pas su échapper à l’insondable inanité d’une conversation ne tenant qu’à l’erreur de composition d’un numéro de ligne téléphonique ou à un objectif commercial, en incarnant un personnage et un rôle qui, pour une fois au moins, me fasse découvrir le plaisir, un tantinet sadique, convenons-en honnêtement, très chère Laure (même si, en la situation que tu nous as relatée, l’outrecuidance de ton interlocuteur a pleinement justifié la rétractation de ton obligeance naturelle) de faire mijoter quelqu’un, aussi longtemps que possible, dans un bouillon de perplexité aux saveurs réhaussées d’une pincée d’absurdité ou/et d’impertinence.
    Alors, très chère Laure, je te prie d’accepter l’expression de ma très haute reconnaissance pour m’avoir permis, par l’entremise de ton récit, de savourer une part de ce plaisir dont l’accès direct se refuse encore et toujours à moi, faute de pouvoir recourir aussi promptement que nécessaire à cette capacité d’improvisation que j’admire et que j’envie tant.

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